Paris dans la littérature

Paris dans la littérature

Paris Vox – Les plus grands auteurs (et les autres…) ont évoqué, à un titre ou un autre, la capitale française. Ville lumière, foyer d’artistes, bas-fonds, épisodes héroïques ou triviaux, récit de combats sur les barricades ou d’une soirée dans un troquet… Petit florilège des évocations de Paris dans la littérature…


« Ce qui a changé, voyez-vous, me disait-il, ce sont les nuits. On s’accoutume très bien à la journée. Mais vous ne pouvez pas savoir ce qu’étaient les nuits de Paris, lorsque Paris ne connaissait que peu d’autos, peu d’autobus et de tramways. On marchait librement pendant des heures, et les personnages de la nuit ne ressemblaient pas à ceux de maintenant. J’ai essayé de me promener la nuit dans votre Paris. Je me suis arrêté, par dégoût. Par dégoût, et non par fatigue  : je demeure noctambule, et à défaut de promenades, amateur de la nuit. Je reste au café, ou chez moi, très tard, et je ne m’endors jamais avant trois heures du matin. C’est vous dire que la seule lassitude d’une ville qui n’est plus mon vrai Paris m’empêche d’errer.

(…)

Lorsque, pour finir, vint le soir, je ramenais la petite Anne vers le tramway qui part de Saint–Sulpice. Quant à moi, par les rues étroites, je gagnai les quais, la Seine admirable, le jardin de Notre-Dame. Un vent frais s’était levé, le ciel était d’un bleu pâle presque gris. Demain, que ferais-je demain  ? Et ensuite  ? Que ferai-je de ma vie  ? Je n’en savais rien, mais j’étais heureux, d’un bonheur inaliénable. Sur la plus large des tours de la cathédrale, un rayon vaguait encore, transformant la pierre en ivoire verdi. Les bonnes gens lassés d’un jour de travail, anxieux du repos et du plaisir de demain, attendaient, les bras chargés de paquets, à l’arrêt des autobus. Les boyaux sans soleil, entres les murailles lépreuses, s’enfonçaient vers la rue Saint-Jacques ou vers la Maubert. Une à une, se fermaient les boîtes des quais face à ces rues sombres où vécut Bonaparte. Le printemps parisien accomplissait là un de ses chefs-d’œuvre, cette heure fine et tremblante avant la chute définitive du jour, cette heure d’argent et de cristal. »

L’enfant de la nuit – Robert BRASILLACH

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