Rugby : mon « vivre-ensemble »…

Rugby : mon « vivre-ensemble »…

Paris Vox a le plaisir de proposer à ses lecteurs une sélection des retranscriptions écrites des chroniques d’Arnaud de Robert, diffusées quotidiennement dans la matinale de Radio Libertés.


Hier, je vous l’avoue, j’étais très loin de Bobigny, de Theo, des émeutes de banlieue comme de la mascarade des présidentielles. Oh pas tellement géographiquement mais surtout en terme d’ambiance. Hier, je suis allé voir France-Ecosse de rugby au Stade de France avec mon fils ainé et l’un de mes bons amis. Outre le plaisir évident, en tant qu’ancien joueur et grand amateur de ce sport, de voir un match du tournoi des six nations, j’y ai également trouvé ou retrouvé autre chose, un sentiment que j’aimerais vous faire partager. Mais reprenons d’abord le fil de cette journée qui commence, Ecosse oblige, par un passage au Auld Alliance, le fameux pub écossais de Paris. Auld Alliance, ce nom qui rappelle cette ancestrale alliance nouée par les royaumes de France et d’Ecosse contre la perfide Albion. Rencontre avec l’armada écossaise, toute de kilts vêtue.

Hommes et femmes de la plus joviale cordialité, chants et rires d’un vieux peuple heureux dans sa culture, courtois et souriant.

Hommes et femmes de la plus joviale cordialité, chants et rires d’un vieux peuple heureux dans sa culture, courtois et souriant. Il a bien sûr fallu qu’un anglais traverse le pub, maillot blanc brocardé de la rose pourpre, s’assurant les moqueries bienveillantes mais unanimes des fils de William Wallace. Comme c’est un anglais et qu’il est lui aussi volontiers moqueur, il entonnera dans un grand éclat de rire un tonitruant « allez les bleus  ! » qui, à son tour, a déclenché un grave et conquérant « Flower of Scotland ». Après une bonne pinte de Caledonian, la bière brune écossaise et quelques mets ingurgités, nous prenons par le RER le chemin du stade. Là affluent de toutes les provinces d’Ecosse et de France ces passionnés du ballon ovale. Myriades de tartans de clans, drapeaux basques, bretons, auvergnats, occitans. Chants nombreux, rires et boutades. Visages radieux, plaisir dans les yeux, regards francs et carrures de colosses. Effet garanti sur la racaille du 93 qui emprunte également la ligne. Les sourires en coins à la vision des kilts et bérets basques sont vites effacés par les regards en retour, lourds et ironiques, des fils d’Ecosse et de France.

Nos présomptueux Zy’va, s’éclipsent littéralement du panorama. Et oui messieurs, il y a encore des européens qui n’ont pas peur de vous et qui s’amusent à votre seule vue.

Nos présomptueux Zy’va, s’éclipsent littéralement du panorama. Et oui messieurs, il y a encore des européens qui n’ont pas peur de vous et qui s’amusent à votre seule vue. Arrivés au Stade de France, la foule est compacte mais calme et ordonnée. Conversations embuées et joyeuses entre supporters, discipline lors des contrôles nombreux. A peine assis, les hymnes sont entonnés par deux orchestres militaires, un français en tenue de hussards, l’autre écossais – les fameux Scots Guards. C’est toujours un beau moment, puissant et digne. Puis, vient l’hommage à Joost Van der Westhuizen, immense demi de mêlée sud-africain et farouche Afrikaner, décédé lundi dernier à 45 ans des suites d’une maladie neurologique. L’émotion parcoure ce stade de connaisseurs tandis que la photo de Joost envahit l’écran. Adieux Joost, tu rejoins Lomu et quelques autres au paradis de l’ovalie. Le match se déroule alors, haché, de qualité inégale mais qui voit difficilement triompher l’équipe de France. Peu importe, deux mi-temps de chants, de holàs, de rires de supporter mélangés et fraternels. La sortie vers le RER se fait toujours en ordre, sans cris ni bousculades. Apaisés et heureux, tous refont le match. Les vaincus ne conçoivent aucune rancune, aucune haine. Les vainqueurs restent modestes et amicaux. Un peu en retrait, à l’entrée d’une rue, deux salafistes en djellaba, portant barbes, bonnets et chaussettes remontées sur le jogging observent sans comprendre cette foule sous le regard sévère de quelques gendarmes mobiles. Deux monde se frôlent, à jamais antagonistes. Au-delà de ce match, hier j’ai eu le sentiment de retrouver cette quiétude d’un monde européen, blanc, débonnaire, heureux de partager sa joie et de communier dans sa passion. Les aspirations de beaucoup de nos frères en Europe sont simples et dépouillées. Tous ne sont pas morts devant leur télé. Ils étaient là, en dépit des menaces d’attentat ou de la crise économique. Nous avons souvent tort de les condamner a priori. Il y a dans ce moments quelque chose de vivant, de palpable qui nous rappelle que les peuples ont une âme. Hier, nous étions près de 76 000 à manifester notre vision du « Vivre-ensemble », pas celui que l’on veut nous imposer, mais celui que depuis des millénaire et en dépit des guerres nous nous sommes choisis. Et quand j’ai écouté les infos en rentrant, je me suis dit que c’était décidément la seule chose à défendre, à tout prix.  Bonne journée  !

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Une fin du monde sans importance