Le contre-Brexit !

Le contre-Brexit !

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se plonge dans la multitude d’affaires qui frappe François Fillon…


Le rythme de sortie des affaires sur François Fillon, sa famille et son entourage est tout simplement phénoménal. Pratiquement une par jour. Il y a dans ce tir d’artillerie une cadence et une précision toutes scientifiques. Il n’y a pas à proprement parler d’acharnement plébéien, pas de vocifération baveuse. Cela reste froid, métronimique, chirurgical. Vous me connaissez, je ne suis pas en train de défendre la famille Fillon. Je n’ai que peu d’estime pour le candidat et je me garderais bien de tout avis préconçu sur son épouse et ses enfants. Je sais aussi que dans toute campagne électorale vient le moment de l’ouverture de la boite à boules puantes et que chacun ou presque à ce moment-là en prend pour son grade. Du grand classique démocratique en somme. Et quand l’affaire Pénélope a commencé, je me suis dit : « C’est parti ». J’avais même lancé à mes étudiants « Vous allez voir, cela va sortir de tous côtés ! ». Mais je dois constater que le scénario est assez différent. Pas de floraison de dossiers éclaboussant pratiquement tout le monde, mais une avalanche de « révélations » sur les trente années de gestion politique de François Fillon. Cette focalisation, je vous l’avoue, m’intrigue au point de vous proposer ce matin une petite réflexion en forme de théorie. Je sais que le complotisme fait mauvais genre aujourd’hui, je vous indique donc tout de suite que je ne tomberai pas dans ses travers. Néanmoins, qu’il me soit possible de relever un certain nombre de faits troublants. D’abord, il faut bien dire que ces « révélations » n’en sont pas du tout. D’une parce que employer sa famille lorsque l’on est député n’est pas illégal. Deux parce que la rémunération est quasi libre dans une enveloppe dont le contenu est laissé à la libre gestion du député. Troisièmement, parce qu’un nombre important de parlementaires font ou ont fait comme monsieur Fillon, en témoigne d’ailleurs la faiblesse des montées au créneau de ses adversaires dans l’hémicycle. Reste donc la question de la réalité ou pas de l’emploi occupé par sa femme. Là l’enquête devrait faire la lumière rapidement. Il y a fort à parier d’ailleurs que la conclusion soit au final assez banale, moitié fictive, moitié réelle. Alors ? Alors l’essentiel me semble ailleurs. Dans le traitement de presse, rarement aussi efficace dans la répercussion des scoops au point par exemple de ne citer que les sommes brutes pour leur donner plus d’importance. Dans le rôle central du Canard Enchainé dont on sait la proximité longue avec le pouvoir en exercice. Dans l’extrême réactivité, efficacité et célérité de la Justice qui nous avait habituées à une vraie lenteur. Avec aussi cette dissymétrie effarante de traitement entre le cas Fillon et l’enquête menée contre Macron.

Macron, très tranquille dans un silence serein, peu ennuyé par les journalistes, est tout même accusé d’avoir détourné à son profit personnel et pour lancer son mouvement la somme de 120 000 euros prélevée sur le budget de fonctionnement du ministère de l’économie et des finances.

 

Macron, très tranquille dans un silence serein, peu ennuyé par les journalistes, est tout même accusé d’avoir détourné à son profit personnel et pour lancer son mouvement la somme de 120 000 euros prélevée sur le budget de fonctionnement du ministère de l’économie et des finances. Pourtant, loin des affres de la vindicte journalistique il mène campagne tout sourire. Et puis, il y a toujours cette précision d’attaque, cette intelligence du tempo qui me fait dire que c’est trop pro pour venir de la gauche, oui rappelons-nous que c’est sensé dans le cadre d’une campagne classique venir du camp d’en face. Et la gauche en ce moment, c’est plutôt petit bras. Il y a aussi le fait que Fillon a dans son équipe Henri de Castries, ex-Pdg d’Axa mais surtout président du groupe Bildelberg, rassemblement annuel de ce que la planète compte de tout puissants. Que lui n’ait pas prévu, anticipé le coup me fait vraiment penser que cela vient d’ailleurs, de vrais pros, ayant des moyens. Qui ? Arf, je crois tout de même que la réponse est simple. L’affaire profite d’abord à Macron. Fillon favori des sondages, auréolé d’une primaire éclatante était le seul adversaire dangereux. L’oligarchie bancaire n’a pas aimé. Après avoir dessoudé Sarkozy, Valls et Juppé (pourtant lui aussi proche du Bildelberg), la voilà qui fume Fillon. C’est dire sa volonté de nettoyer le tremplin pour son poulain. J’admets cette manœuvre et j’y vois un contre-Brexit, une réponse à Trump, une contre-attaque de la finance. Fillon, certes très libéral paraissait trop proche de Poutine, trop Trump compatible. Avec Macron au moins, on sait que le multiculturalisme libéral sera préservé. Cela doit rassurer Pierre Bergé, Jacques Attali, Alain Minc et Daniel Cohn-Bendit. Ces gardiens du système sont tous soutiens de Macron. Fillon n’a pas tout à fait tort de parler de coup d’Etat, il se trompe seulement en pensant que cela vient de la gauche. Bonne journée !