L’ogre turc …

L’ogre turc …

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur s’éloigne un peu du brouhaha franco-français pour se pencher sur le cas de la Turquie…


Avec tout le barnum autour de la campagne présidentielle, avec toutes ces affaires finalement très françaises, on en oublierait presque que le monde continue de tourner et qu’à nos portes, et quelles portes, il est un pays qui use et abuse de moyens de pression les plus délétères  : La Turquie. Hier, Angela Merkel se rendait en visite à Ankara officiellement pour traiter de la crise migratoire et de la lutte contre le terrorisme. Officiellement. Car en fait, ce déplacement bien difficile pour la chancelière allemande avait pour but réel les relations entre l’Europe et la Turquie à l’heure ou le sultan Recep Tayyip Erdogan durcit son pouvoir comme jamais. Fort de la réussite de son contre-coup d’Etat, des dizaines de milliers d’arrestations, de mises en résidence surveillées, de disparitions et d’exécution sommaires, le chef de l’Etat turc réclame aux Européens un soutien ferme et sans faille dans son entreprise de purge de tout forme d’opposition en Turquie.

Le chef de l’Etat turc réclame aux Européens un soutien ferme et sans faille dans son entreprise de purge de tout forme d’opposition en Turquie

Erdogan exige entre autre que l’Europe lui livre tous ceux qui tentent à des titres divers d’échapper à la violence de la répression déclenchée après le putsch manqué. Sinon  ? Et bien sinon Erdogan menace de remettre en cause l’accord UE-Turquie sur le contrôle de la frontière. En clair, le chef de l’Etat turc menace donc de rouvrir le robinet migratoire en grand, robinet déjà très peu étanche. Du côté européen, comme d’habitude hélas, c’est l’embarras qui prédomine. Ainsi, une quarantaine d’officiers turcs de haut-rang, réfugiés sur les bases de l’OTAN ont demandé asile à la Grèce ou l’Allemagne. Ils craignent légitimement pour leur vie alors même que leur complicité dans le putsch est très loin d’être établie. Certains ont d’ailleurs le seul tort d’avoir déplu à un moment ou à un autre à Erdogan. Ankara maintient une pression terrible sur ces deux Etats, ne lâchant rien et menaçant tout le monde. « Nous ne pouvons pas considérer positivement un pays qui protège des terroristes, des traitres, des putschistes » a déclaré le ministre turc des affaires étrangère. « La Grèce doit savoir cela. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires y compris l’annulation de l’accord de réadmission. » A-t-il menacé. A Berlin et Athènes on se retranche derrière le droit applicable  en matière de réfugiés. Tout juste Athènes ose-t-elle, par la voie indépendante de la Cour Suprême allemande, tout juste, protéger les réfugiés d’éventuelles voire probables tortures.

Il suffit qu’Erdogan gronde pour que Merkel arrive.

Angela Merkel est obligée de se livrer de produire un véritable numéro d’équilibrisme. Pas sûr qu’elle y réussisse, car l’opposition turque, enfin ce qu’il en reste, critique déjà ce déplacement comme une marque de soutien a priori. Car il suffit qu’Erdogan gronde pour que Merkel arrive. Et à quelques semaines d’un référendum visant à renforcer ses pouvoirs, Erdogan savoure le balai de ceux ou plutôt de celles qui se présentent à lui. En effet, juste avant Merkel, Erdogan vient de recevoir Theresa May, premier ministre britannique. A Berlin aussi cela grince. Les politiques sont conscients de ce soutien de facto mais Merkel tient coûte que coûte à son fragile accord migratoire. Il semble qu’elle soit prête à pas mal de concessions pour cela, y compris à fermer les yeux sur les marqueurs de plus en plus visibles de la transformation du pouvoir turc en dictature. Etonnant de la part de celle qui vilipende si aisément et si durement Donald Trump sur ses décisions en matière d’immigration, de terrorisme et de respect des droits de l’homme. Alors, c’est vrai la Turquie à un nouvel ami dans la Russie de Poutine, cela compte. Mais je ne crois pas que ce soit comme cela que madame Merkel arrivera  à peser, à fonder une sorte de contrepoids à l’influence russe. Cela permettra en revanche à ce qu’Erdogan, en ogre gourmand qu’il est, exige toujours plus. C’est là le paradoxe de Merkel que l’on pourrait formuler ainsi  : Au nom d’un supposé bien, le mal s’accroit. Et l’Histoire nous a appris qu’une Turquie forte est toujours dangereuse. Bon week-end  !

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Une fin du monde sans importance