La fin du travail

La fin du travail

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se penche sur la problématique du travail dans nos sociétés contemporaines.


 

Je viens de terminer la lecture passionnante d’une série d’articles et d’ouvrages portant sur la disparition du travail. Pour un nombre croissant d’économistes, de sociologues, de scientifiques et de prospectivistes le travail tel que nous le connaissons aujourd’hui est tout simplement appelé à disparaitre dans les vingt prochaines années. A tous ceux qui sont déjà en train de penser qu’il s’agit là d’élucubrations je demande un peu d’attention. La révolution technico-numérique est déjà en marche, c’est indéniable. Elle a déjà aussi profondément modifié nos vies privées, nos vies professionnelles et la vie comme la forme des entreprises.

La révolution technico-numérique est déjà en marche

Cette révolution technico-scientifique va se doubler d’une révolution robotique pour constituer une vaste refonte numérico-robotique du monde. Cette révolution dont l’impact est et sera aussi important que celle de la Révolution industrielle de la seconde moitié du XIXe siècle comporte en outre une particularité nouvelle c’est qu’elle est perpétuelle. Et oui, on ne cesse plus d’inventer et ce flot continu d’inventions exige à son tour de la société actuelle qu’elle se réinvente totalement. La révolution numérico-robotique est en passe de modifier durablement les frontières de temps, d’espace, de hiérarchie et de métiers. Plus de 80 % des tâches effectuées aujourd’hui par l’homme, y compris dans des domaines comme la comptabilité ou le juridique, pourraient être aujourd’hui assurées avec plus d’efficacité et de rentabilité par des machines. Cela ne va pas sans quelques conséquences et c’est un euphémisme. Pour beaucoup de ces analystes des milliers de métiers auront disparu d’ici 2035 sans que le sacrosaint principe de l’économiste Shumpeter – la destruction créatrice – ne se réalise. En effet, et c’est là la nouveauté que j’évoquais tout à l’heure, l’innovation détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera. Tous les secteurs sont touchés, voici quelques exemples  : transport avec l’automatisation de la conduite exit les chauffeurs et conducteur. Bancassurance avec les banques en ligne, plus de guichets et agences, exit les 500 000 employés de banques de notre pays.

l’innovation détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera

Santé et médecine  : télémédecine, télé-diagnostique, robotisation chirurgicale. Enseignement  : e-learning, télé-enseignement, la présence face élèves quoi que l’on en pense ne s’impose plus. On pourrait aussi parler de la sécurité, de l’aide à la personne, de la distribution et de l’industrie. Et ce changement radical de société pose de cruciales questions  : si le travail disparait, la richesse aussi  ? Si seuls subsistent quelques postes à forte valeur ajoutée et quelques emplois non qualifié c’est toute la classe moyenne qui disparait. Or celle-ci est le fer de lance de la consommation, la pierre angulaire des modèles économiques occidentaux  ; celle sur qui repose l’impôt. Plus de travail, plus de recette. Le nouveau monde sans travail risque d’être rapidement explosif. Et pourtant non aux dires de nos analystes. Beaucoup fondent d’ailleurs la transition sur le fameux revenu universel versé à tous sans condition de ressources. Un revenu versé par l’Etat qui lui permettrait de supprimer toutes les autres aides et proviendrait de la seule taxation de l’élite créatrice de richesse. Là aussi, on est loin de l’utopie, surtout quand on voit avec quel empressement nos politiques s’emparent de la question du revenu universel depuis quelques années. Reste que cet avenir ou l’homme aura été poussé au simple rôle d’usager par les machines qu’il aura inventé est plutôt dur à avaler. Mais ces études prospectives ont au moins le mérite de permettre de poser deux ou trois questions qui font mal. En effet si le monde avance à grands pas vers une société sans travail, quels fondements sérieux peuvent encore soutenir les discours immigrationnistes  ? Comment légitimer par la nécessité du travail non pourvu l’afflux de millions d’immigrés en Europe  ? Si le travail disparait, l’immigration le devrait aussi, non  ? A moins que l’on ne déclare les robots xénophobes. Allez bonne journée.

 

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