L’entreprise Macron…

L’entreprise Macron…

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se penche sur la « phénomène Macron « .


 

Hier, je vous parlais de ces oligarchies financières qui ont besoin de dresser des paravents, d’habiller leurs intérêts en s’hybridant avec le monde politique, en le vassalisant aussi. Ce matin, je viens rectifier un peu le tir, car les mouvements autour de la personnalité d’Emmanuel Macron donnent de plus en plus à penser que se constitue avec lui le premier parti ou mouvement on ne sait pas encore très bien qui incarnerait directement cette oligarchie, ses intérêts et ses objectifs.

L’annonce de ralliement à Macron faite il y a deux jours par Bernard Mourad vient d’ailleurs grandement nourrir cette thèse.

Bernard Mourad. A priori, comme cela, le nom ne dit pas grand-chose au grand public. Pourtant Bernard Mourad est tout sauf un inconnu. Il est le patron (sur le départ donc) du groupe Altice Media la branche médias (BFM TV, Libé, RMC, L’Express …) du groupe de Patrick Drahi. C’est un ancien banquier, il a dirigé la branche française de la banque Morgan Stanley. C’est enfin un ami d’Emmanuel Macron depuis plus de quinze ans.

Voilà donc le début d’un composé très intéressant. Macron, qu’un petit tour sur le devant de la scène politique comme ministre a suffi à propulser présidentiable recrute Mourad, un des très proches collaborateurs du magnat franco-israélien de la communication Drahi. Banquiers tous les deux, jeunes et riches, ils ont en commun bien plus que des parcours. Ils sont nés et ont grandi dans le sérail, au cœur des matrices oligarchiques financières.

Ce duo possède d’énormes atouts. Réseaux stratégiques et financiers, innombrables contacts dans les médias et de l’argent, beaucoup d’argent.

Ils sont des produits, des produits haut de gamme, des organismes programmés et presque sans défauts au service l’oligarchie.

Mais il n’y a pas que les réseaux, il y a également leur âge – moins de quarante ans – et surtout leur formation. Je disais tout à l’heure qu’ils viennent du sérail dela matrice oligarchique. Ils n’ont donc aucun a priori, aucune idéologie (catégorie trop polluante pour le business) mais des ambitions et une stratégie de conquête. On aurait tort de dire que Macron et ses lieutenants sont sans programme. Ils n’ont bien sûr fait aucune proposition, et l’on ne sait pas trop au juste ce qu’ils pensent. Et bien paradoxalement leur programme précisément là. Là, dans le pragmatisme plastique, dans l’élégance communicationnelle des élites mondialisées. Ils sont des produits, des produits haut de gamme, des organismes programmés et presque sans défauts au service l’oligarchie. Ce sont des hologrammes du Système, mais des hologrammes séduisants, pas charismatiques mais séduisants et cela suffit bien dans cette époque de nains.

Avec Mourad et Macron s’édifie devant nous le premier parti-écurie entièrement dévolu aux intérêts des gérants du monde. C’est mouvement bâti comme une entreprise. J’insiste sur ce point car les entreprises n’ont pas de programme, mais des stratégies. Une entreprise qui veut s’acheter ou racheter la holding France si fatiguée. Pour cela, point n’est besoin de doctrine. Il faut juste délimiter le réel et lancer les opérations de séductions successives des actionnaires, c’est-à-dire vous et moi. Lire « en marche », le mouvement de Macron avec une grille politique est une erreur et une perte de temps. Il faut utiliser la grille et le langage du business international.

Créer l’homme de demain, celui définitivement affranchi des frontières, des identités, l’homme sans racines, libre de lui-même et donc libre de consommer partout, tout le temps.

Macron est progressiste. Cela permet de tout justifier tout en pouvant tout dénoncer (comme conservateur ou fasciste, au choix). Il est libéral mais souhaite un Etat présent et incarné. Cela signifie seulement qu’il veut guider la France dans la mondialisation. Il n’a d’ailleurs aucun complexe sur ce mondialisme, sur le libéralisme. Il envisage simplement de lui donner quelques cadres et règles, rien au fond qui ne vienne gêner la bonne marche des affaires. Parce que l’essentiel est ailleurs. L’essentiel pour ces deux têtes de ponts oligarchiques c’est de former, de créer l’homme de demain, celui définitivement affranchi des frontières, des identités, l’homme sans racines, libre de lui-même et donc libre de consommer partout, tout le temps. Ce projet mortifère est toujours glissé entre deux sourires, à mots couverts, ciselés, ourletés. Il ne s’agit pas de choquer mais de d’envelopper le peuple, par une tranquille assurance et de le préparer à sa nouvelle condition de consommateur sans entraves. Et le plus incroyable là-dedans c’est que Macron et ses séides croient dur comme fer au bien-fondé de cette mutation dont ils sont l’avant-garde. D’où leur bonhommie rêveuse, leur assurance tranquille. Ils ont déjà pris la pilule et vu le monde d’après. Ils nous annoncent le paradis à venir, fruit dément des rêves socialistes retaillés dans la veine libérale. La presse acquise les aime, les élites de ce pays aussi, tout comme la banque et la Bourse. Heureusement, tout cela ne fait pas un pays, mais méfiance. Affaire à suivre. Bonne journée  !

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