Les deux campagnes présidentielles

Les deux campagnes présidentielles

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se penche à nouveau sur l’élection présidentielle, ses arcanes set ses protagonistes .


 

Hier en évoquant le la sortie médiatique d’Emmanuel Macron et son rêve présidentiel, je concluais en disant qu’à part nous faire du Juppé en plus jeune et plus souriant, il ne fallait pas espérer grand-chose de l’archétype du bobo mondialisé progressiste. Je disais aussi que Macron est l’image même de cette pré-campagne présidentielle  : un bidule acidulé, un jouet pour journaliste parisien, mais au final un grand rien parfaitement inintéressant.

Inintéressant, oui et voilà bien une chose que je n’arrive pas à comprendre. En France, nous venons probablement de passer la pire année depuis des décennies et ce sur tous les plans  ; chômage, violences sociales, crise économique et financière, effondrement de la puissance publique,  extrêmes tensions identitaires, pression de l’Islam, invasion migratoire, attentats en chaine faisant des centaines de morts et … rien. 27 candidats qui jouent dans le même bac à sable, courbant l’échine, écrivant des bouquins grandiloquents, soignant leurs egos dans des silences interminables. Ils n’ont rien à dire et quand ils parlent c’est inaudible, incompréhensible, réchauffé ou tout simplement inintéressant. C’est à peine croyable. En un temps ou l’urgence commande une forme de verticalité, d’incarnation de la France, des discours forts et tranchés, des choix durs et entrainants, bref, en un temps plus que jamais politique au sens noble du terme nous assistons à un défilé de couleuvres.

J’appelle cela « le syndrome Bayrou ».

Je ne sais pas vous, mais je n’ai jamais pu regarder un entretien télé avec François Bayrou sans éprouver bâillements et envies de siestes crapuleuses. Et quand j’ai pu surmonter ça et m’accrocher durant vingt minutes, j’éteignais le poste fasciné par l’art de type pour meubler une phrase, un discours de mots creux, vides, incolores. Mais si Bayrou est fort à ce jeu-là et peut tout de même me tirer un sourire ironique et admiratif, ce n’est pas le cas de tout le monde. Et 27 candidats –allez je retire Mélenchon qui remplace doucement dans mon cœur Georges Marchais – et 26 candidates qui se mettent à déverser des tonnes de bloubiboulga cotonneux sur le temps qui passe et bien cela en dit long sur la faillite absolue de la classe politique française.

Je ne sais pas vous, mais je n’ai jamais pu regarder un entretien télé avec François Bayrou sans éprouver bâillements et envies de siestes crapuleuses.

Même marine Le Pen semble touchée par ce syndrome. Ce n’est plus la Marine, c’est un sous-marin. Ah attendez  ! On me souffle dans l’oreillette que c’est « tactique »  ! Tactique le slogan de campagne « La France apaisée » alors qu’elle s’embrase depuis 18 mois  ? Tactique le retrait du nom de famille, du logo du parti sur les affiches alors que la marque FN est la garante des votes  ? Je vais vous dire, la tactique je commence à en avoir raz les oreilles. A force de vouloir rassembler tout le monde, on finit par ressembler à tout le monde.

Une campagne électorale qui parlerait de croissance, de stabilité, de spirale positive, de « vivre-ensemble », de rassemblement … tous ces jolis mots bibelots au sens éculé alignés par des candidats interchangeables jusqu’à leur costards.

Je serais parano, je me dirais que Marine met toutes les chances de son côté pour faire le plus mauvais départ de campagne.  Mais bon  ! Il faut sauver cette campagne, non pas pour faire triompher tel ou tel, notre goût du jeu démocratique ne va quand même pas jusque-là, mais pour faire en sorte que les vrais thèmes de campagnes surnagent enfin. Et c’est même là le seul et vrai enjeu de cette élection. Car enfin nous avons le choix entre deux types d’élection. La premier serait une élection présidentielle façon parcours de golf voyez, un moment calme et cosy, avec les petits oiseaux qui chantent et Juppé, Macron, Valls ou même Hollande jouant courtoisement à la baballe. Une campagne électorale qui parlerait de croissance, de stabilité, de spirale positive, de « vivre-ensemble », de rassemblement … tous ces jolis mots bibelots au sens éculé alignés par des candidats interchangeables jusqu’à leur costards. Un enfer politiquement correct se jouant au centre c’est-à-dire nul part. Un grand coma politique qui euthanasierait, achèverait la France en douceur. Une vraie campagne de bobos déconnecté du réel.

L’autre campagne possible si Marine se réveille serait une campagne de tribuns avec un Mélenchon déchainé, un Sarkozy en triphasé et un Valls par exemple, obligé de sortir du bois et de révéler sa vraie nature de roquet catalan. Seule une campagne de ce type peut porter les vrais problèmes de notre temps et imprégner le corps social et même les élites médiatiques des vecteurs qui nous sont chers  : identité, nation, Europe-Puissance. Je vous vois douter, pourtant ça marche  ! Ordan, le Chirac hongrois plutôt libéralo-européiste au départ est en train d’appliquer le programme du Jobbik, le puissant parti nationaliste. Et regardez l’Autriche ou la Pologne. Tiens, Pour un peu j’irais presque voter Sarkozy aux primaires, histoire de nous éviter Tranxène Juppé  ? C’te blague  ! Allez, bon week-end  !

 

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