Euro 2016, la victoire de Footix

Euro 2016, la victoire de Footix

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui : retour sur l’Euro de football 2016 et son instrumentalisation.


 

Portugaaaaaaaal ! La fête est finie et bien finie, l’euro c’est terminé et le Portugal a gagné. Ne croyez pas que je m’en réjouisse, à vrai dire je m’en moque à peu près autant que de mes chaussettes dépareillées. Pour moi, je l’ai déjà dit dans cette chronique, la compétition s’est terminée avec la défaite de l’Islande, dernière équipe européenne de souche à jouer le tournoi. Après, mieux vaut avoir une télé en noir et blanc, au moins on y voit clair. De toute façon, je ne suis pas un inconditionnel du foot mais plutôt un amateur du jeu à l’ancienne comme on en trouve encore dans le championnat de D2 anglais. Bref, à part les échauffourées habituelles et les dégradations d’usage des biens publics des grandes villes, l’affaire se termine et il était temps. On était à vrai dire à deux doigts de la victoire de footix par KO sur Charlie, Antikhomri et Nuitdebout.

La fête est finie et bien finie, l’euro c’est terminé et le Portugal a gagné

Bon, on a eu fooxit en finale en lot de consolation, mais on est à peu près sûrs que la bonne santé de l’équipe de « France » de football va occuper les analystes de tout poil pendant les 5-6 semaines à venir : Que va faire maintenant Deschamps, la préparation de la Coupe du Monde, les Bleus en vacance, les Bleus à Saint-Tropez, Gignac ma vie, mon œuvre, Sissoko c’est le plus beau et gnagnagna … Les Français, toujours si prompts à transformer les défaites en victoires, vont pouvoir se gargariser des mois encore de ce wagon d’émotion nationale qui a ensoleillé ce début de mois de juillet maussade. Sur ce plan au moins, Hollande n’avait pas tort quand il disait qu’une victoire des Bleus allait doper le moral des français. Même pas besoin de victoire au final, le goût amer d’une finale perdue sera transformé en revanche mais surtout nourrira cette expression là aussi bien française du « on y était presque ».

Un pays entier, vissé à son poste de télé, noué par l’angoisse de la montée de son équipe dans le tableau, ébloui par les exploits des mercenaires milliardaires africains

On y était presque, ou l’espoir après la défaite. Et on abattu les allemands tout de même. On y était presque, oui. On y était presque il y a deux semaines au bord de l’explosion sociale avec la loi Travail. Sacré Footix, ce sport est décidément très fort et le dieu du football le plus puissant de ce monde. Pensez donc, pas un attentat ! Pas une grève surprise ! Même pas une petite émeute de banlieue, rien ! Un pays entier, vissé à son poste de télé, noué par l’angoisse de la montée de son équipe dans le tableau, ébloui par les exploits des mercenaires milliardaires africains. Ah pas tous c’est vrai. Deux ou trois « Français bien de chez nous » ont brillé, cela permettra même aux patriotes d’y croire. Cela permettra surtout à l’oligarchie de nous replâtrer le « vivre-ensemble » comme la panacée à tous nos maux. « Vous voyez bien que ça marche ! Et paf dans le pif du FN ! » Les français sont donc heureux, un peu déçus d’hier soir, mais heureux. Et ne pas se réjouir avec eux c’est se vouer au racisme de classe, si, si, je vous jure, lu récemment dans un article. Ce serait également cultiver l’idée du prolo décérébré devant sa télé, parce que c’est sûr, le foot rend intelligent. Ce serait aussi poser une morgue sur l’engouement populaire, alors que les Français auraient tout simplement besoin d’une pause. Une pause, non mais sérieusement ! La pause, elle va leur couter fort cher car pendant que tout le monde se rêvait en finale, le 49-3 a fait son office, Barroso est entré chez Goldman-Sachs, Junker et Merkel veulent plus de migrants, le professeur Joyeux a été radié de l’Ordre des Médecins pour ses positions courageuses sur les vaccins multivalents, on est encore en état d’urgence, on meurt toujours en Ukraine, une jeune mère de famille s’est suicidée dans le Nord sur fond de misère sociale et d’horreur administrative. Une pause, mais une pause entre quoi et quoi ? Et en quoi le dieu football aidera des millions de gens à digérer l’austérité, le TAFTTA et les mauvais coups de l’oligarchie ? On nous parle du bonheur du peuple alors qu’il lui faudrait un destin. Enfumage sociétal passif, télé-réalité pour tous, le sport-spectacle reste bien l’opium du peuple. Allez, exit l’Euro 2016, retour au réel !