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Chronique : du Brexit à l’Europe Puissance

Chronique : du Brexit à l’Europe Puissance

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui : gros plan sur le Brexit et ses conséquences.


 

“Retour sur le fameux Brexit britannique pour une analyse à froid du phénomène et de quelques-unes de ses conséquences. Le Royaume-Uni a donc choisi la sortie de l’Union Européenne. Et qu’est-ce que cela va changer ?

Pas grand-chose. Pourquoi ? Parce que les vraies raisons de ce vote n’ont que peu à voir avec l’UE. Pour qui a suivi les débats ces derniers mois, l’enjeu réel du vote a bien plus résidé dans la situation économique sociale et migratoire du Royaume-Uni que dans son relationnel avec Bruxelles. Ce Brexit est donc bien plutôt un vote populaire de sanction contre la politique ultra libérale, la cure d’austérité qui a appauvri la classe moyenne et atomisé les couches populaires. Voilà le premier vrai enseignement de ce scrutin : la puissante et surprenante expression du ras-le-bol populaire britannique.

Le Royaume-Uni n’a jamais fait réellement partie de l’Europe ou plus justement n’a jamais vraiment été européen.

Pas grand-chose encore parce que cette sortie va indéniablement bénéficier à l’économie britannique. Sinon, comment comprendre le peu d’émotion des marchés et le calme de la City ? La city, symbole et matrice de ce libéralisme si dévastateur pour l’Europe. Libéralisme qui lie d’ailleurs le Royaume-Uni plus sûrement que tout le reste à son ancienne colonie américaine. « L’Angleterre ! Le plus grand porte-avion américain en Europe » disait G2G.

Pas grand-chose non plus parce finalement que le Royaume-Uni n’a jamais fait réellement partie de l’Europe ou plus justement n’a jamais vraiment été européen. Les britanniques ont toujours été contre la construction politique d’une puissance européenne. En cause, leur histoire et leur insularité sans doute. Mis à part le fait que ce pays soit majoritairement encore pour quelques temps peuplé d’européens, sa politique extérieure, sa diplomatie tout au long de son histoire et plus récemment son comportement dans les institutions de Bruxelles ont toujours eu pour règle première la déstabilisation de l’Europe continentale et sa division. Parce que seul l’entretien des divisions entre pays européens lui garantissait puissance et domination. Et c’est bien parce que le Royaume-Uni commençait à perdre cette puissance que David Cameron a brandit l’arme populiste du referendum.

Pas grand-chose enfin parce que même si l’Irlande du Nord et l’Ecosse ont voté majoritairement pour le maintien, passé les émois des premiers jours, il y a fort à parier qu’une livre sterling légèrement dévaluée dopera toutes l’économie du royaume et ça c’est un sacré remède aux volontés d’indépendance.

Bref, laissons donc le navire britannique prendre le large et concentrons-nous maintenant sur les conséquences de ce vote en Europe continentale. En effet, le départ des anglais laisse finalement le champ libre aux européens pour décider de leur avenir. Oui, d’un avenir européen, la tentation nationalitaire de sortie individuelle n’ayant selon moi aucun avenir. Détruire la construction européenne serait une erreur géopolitique majeure ne servant que nos ennemis.

Il y a fort à parier qu’une livre sterling légèrement dévaluée dopera toutes l’économie du royaume et ça c’est un sacré remède aux volontés d’indépendance.

Pourquoi ? Parce que nous mettrions trente ans à rebâtir un outil, soit plus que le temps nécessaire à quiconque pour nous liquider. Or un outil est neutre contrairement à celui qui s’en sert. L’Union Européenne est aujourd’hui aux mains des les eurocrates de Bruxelles. Alors quoi ? Faut-il continuer à les subir ? Pas forcément voyez-vous car la vertu du Brexit je le disais tout à l’heure est de rappeler que les peuples ont une volonté.

Et cette volonté populaire identitaire aujourd’hui est clairement portée par le groupe de Vysegrad (Hongrie, Pologne République Tchèque et Slovaquie) et ses alliés baltes.

Ces pays proposent un autre projet, celui d’une Europe-Puissance confédérale fondée sur un socle identitaire fort. Tout l’inverse de l’Union Européenne actuelle, libérale, américanophile, xénophile, vouée Goldman-Sachs et Merkel. Or, à l’heure ou l’ombre du partenariat transatlantique grandit, la question de la puissance européenne devient vitale.

Donc après le Brexit, l’Europe-Puissance et vite !”

Arnaud de Robert