Entrevues : pourquoi ont-ils quitté Paris ?(2)

Entrevues : pourquoi ont-ils quitté Paris ?(2)

Paris Vox (enquête) – Paris, ville lumière, est une ville qui fascine et qui attire. Mais c’est aussi une ville que, chaque année, de nombreux habitants cherchent à quitter, pour ne pas dire à fuir. Passage presque obligé d’une vie estudiantine puis professionnelle, Paris n’entre plus dans le « projet de vie » à long terme de nombre de ses habitants. Qui sont ces gens qui, après avoir vécu de nombreuses années dans la capitale, partent s’installer en province ou à l’étranger, quelles sont leurs motivations, les raisons de leur choix, leurs aspirations et leurs objectifs ? C’est ce que nous avons cherché à savoir en interrogeant une série « d’ex-parisiens » aux profils les plus divers. Voici un nouveau témoignage.

PV : Pouvez-vous vous présenter brièvement ? Situation de famille, profession…

Je m’appelle Julien, j’ai 39 ans, je suis marié et nous avons deux enfants en bas âge (22 mois et 3 mois).
Je suis architecte de profession, mais également enseignant en infographie. Une double (et même triple) casquette qui n’est pas sans lien avec le sujet.
Je précise que je suis parisien depuis ma naissance, ce qui explique en partie que je réponde aujourd’hui à vos questions.

PV : Quelles sont les principales raisons qui vous ont poussé à quitter Paris ?

Les raisons ont été multiples et très variées (je pourrais en parler des heures et écrire deux encyclopédies).
Un ras le bol général, pour commencer.
J’étais arrivé à saturation.
L’ambiance de cette ville est vraiment devenue délétère.
A de trop rares exceptions près, les gens y sont agressifs, aigris, jaloux et totalement dingues (au sens clinique du terme).
Des zombis aux vies de merde dont le manque total d’échappatoire (hormis leurs vacances au soleil) les rend totalement névrosés. Ils n’ont plus foi en rien. Ni en Dieu, ni en l’avenir, et sur ce dernier point je ne peux pas vraiment leur donner tort.
Et je ne parle pas du nombre toujours plus délirant d’immigrés extra-européens avec qui il faut apprendre à vivre au quotidien. Ils ne sont finalement que la « cerise sur le gâteau ».
Ensuite, le coût de la vie totalement hallucinant et qui augmente encore, nécessitant de bosser comme des dingues pour espérer continuer à nourrir sa famille sans sombrer dans le braquage de banque. Une fuite en avant qui ne permet plus de vivre au sens strict, mais uniquement de survivre en courant partout (et la politique des élus parisiens consistant à faire chier les automobilistes tout en ne proposant aucune solution alternative efficace ne va rien arranger).
Il y a aussi eu l’envie de retrouver des valeurs plus saines en quittant des lieux de perdition pour l’esprit et pour l’âme, que l’on soit croyant ou non d’ailleurs. Paris, c’est Sodome et Gomorrhe, la pollution en plus.
Tous ces critères ont joué dans notre volonté de départ, mais également dans le choix de notre lieu d’atterrissage.
Pour nous, quitter Paris pour partir à Lyon (ce que nous avions envisagé pendant un temps) ou dans une autre grande ville ne présentait pas vraiment d’intérêt. Ou en tout cas, pas suffisamment en regard des inconvénients. Nous voulions un changement radical. Notre choix s’est porté sur la Bretagne, pour des raisons qu’il serait trop long de préciser ici, mais qui correspondait à un faisceau de critères convergents.

PV : Votre projet de départ a-t-il été aisé à mettre en œuvre ? Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?

Comme tout projet important, il a été difficile et assez long à mettre en œuvre.
Il nous a pris un an à organiser, à planifier et surtout à mûrir (ce n’est pas anodin de changer de vie comme cela). Mais au final, cela s’est plutôt bien passé, parce que nous n’avons jamais perdu de vue l’objectif et nous avons su garder le cap quoi qu’il arrive.
Les principales difficultés ont été d’ordre professionnel.
Créer du réseau et assurer des entretiens à distance est assez ardu.
Ma femme n’a pas trouvé en externe et a finalement obtenu une mutation en interne, en acceptant de reprendre le travail plus tôt que prévu (elle était en congé maternité).
Pour ma part, exerçant en profession libérale, c’est un peu l’aventure. Je compte retrouver une clientèle sur place et j’ai déjà commencé à contacter quelques confrères bretons.
J’en ai aussi profité pour réorienter une partie de mon activité dans l’infographie. Cela me permettra dans un premier temps de travailler le soir afin de libérer mes journées pour prospecter et, par la suite, de diversifier mes sources de revenues.
Dans un autre ordre d’idée, ce fut assez compliqué et stressant de trouver une maison à louer (planifier des visites quand vous habitez à 400 km et que vous bossez toute la semaine est un exercice assez rock’n’roll) et d’organiser notre déménagement en un mois (délai entre la validation de mutation de mon épouse et notre départ effectif). Terminer un marathon par un sprint, c’est usant.

PV : Qu’espérez-vous, qu’envisagez-vous de bénéfique à ce départ ?

Recommencer à vivre.
Profiter de ma famille, ne plus avoir la tête dans le guidon sans voir les jours passer (note pour plus tard : relire «Du bon usage de la lenteur »).
Retrouver de l’espace, de l’air, du vert (du vrai vert, pas des carrés de pelouse artificielle entre deux voies de bus) et surtout offrir à mes enfants un environnement plus sain pour grandir.
Pour tout dire, avant de me marier, j’avais toujours dit que je ne quitterais jamais Paris.
Après mon mariage, j’avais déjà commencé à changer d’avis. Mais dès la naissance de notre fils et à fortiori de notre fille, tout était devenu limpide : il fallait quitter Paris.

PV : Vos attentes ont-elles été sinon comblées du moins satisfaites ?

Je vous dirai ça d’ici quelques mois, nous déménageons la semaine prochaine ! !
Pour le moment, tout ce qui se met en place est assez conforme à nos espoirs et nous amène juste à une petite remise en question : mais pourquoi ne pas l’avoir fait avant ?

PV : Quels sont les aspects de Paris qui vous manquent ou risquent à terme de vous manquer ?

Ma famille. Une partie y habite encore (Paris ou proche banlieue) et c’est l’un des aspects délicats à gérer. Moins voir mes proches et surtout ne plus être là en cas de besoin. C’est aussi pour cette raison que nous ne sommes pas partis à l’autre bout de la France.
Quelques camarades et amis aussi, que je ne pourrai plus voir aussi souvent qu’actuellement.
Du coup, nous prévoyons une chambre d’amis digne des plus grands palaces.
Mais, de la ville elle-même, finalement pas grand chose.
L’architecture y devient laide et ridicule (exception faite du stade Charlety peut-être), les sorties ne peuvent plus se faire sans des queues de trois heures et à des prix exhorbitants, il est impossible de circuler en voiture et même en scooter, sans parler du stationnement (mes contraventions me coûtent chaque mois l’équivalent du PIB d’un petit pays d’Afrique).
C’est triste à dire, car Paris reste une ville magnifique à bien des égards. Mais si “la vieillesse est un naufrage”, elle n’y échappe pas.

PV : Envisagez-vous de revenir un jour vivre à Paris ? Quels changements et transformations de la ville pourraient vous conduire à un retour ?

Qu’elle soit rasée et ses habitants avec ?
Blague à part, je ne vois pas très bien ce qui pourrait nous y faire revenir un jours.
Cette ville est devenue encore plus triste que dans la chanson de Rockin’Squat.
Je vois d’ailleurs plutôt l’avenir de la France comme une multiplication de villages d’Asterix que comme une Reconquista des grandes métropoles avec Marche sur Paris.
Mais qui sait, l’avenir nous réservera peut-être quelques (bonnes) surprises.

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