Tour de Tables (4) – Au pied de cochon

Tour de Tables (4) – Au pied de cochon

Paris Vox – Quelques semaines après l’inauguration en grande pompe des nouvelles Halles, oublions cette canopée flambant neuve d’un milliard d’euros qui prend déjà l’eau par un bref voyage dans le passé.

Les origines des Halles à Paris remontent au XIIème siècle, lorsque Philippe-Auguste décida de remplacer le « marché de Grève » devenu insuffisant en aménageant un terrain marécageux situé près de l’actuelle rue Croix-des-Petits-Champs et acquis par son père et prédécesseur Louis VII.

Initialement composé d’une seule galerie rudimentaire en bois, le marché des Halles fut considérablement agrandi par Philippe-le-Bel, et n’a ensuite cessé de s’étendre pour répondre aux besoins d’une population parisienne qui s’accroissait très rapidement. Du règne de Saint-Louis à celui de Louis XVI, les Halles abritaient également un pilori sur lequel étaient exposés des condamnés, deux heures par jour pendant trois marchés de suite, aux jets d’ordures des passants.

Sous le Second Empire, un immense projet de réaménagement est confié à l’architecte Victor Baltard, qui construit douze pavillons spécialisés, avec les matériaux à la mode  : verre, fonte, et fer. Un unique spécimen de ces pavillons a par la suite été transféré à Nogent-sur-Marne, et accueille aujourd’hui des émissions de télévision et de spectacle. L’atmosphère de ces Halles du 19ème siècle est palpable dans un roman d’Emile Zola, à qui elles doivent d’ailleurs leur surnom : le Ventre de Paris.

En 1969, après avoir ravitaillé la capitale pendant plus de 800 ans, le marché des Halles est transféré à Rungis et à la Villette, faute de place dans le quartier historique  : c’est le début d’un chantier de plus de dix ans qui aboutira à l’inauguration du Forum des Halles.

 

De cette belle époque du Ventre de Paris, quelques institutions subsistent, et le Pied de Cochon n’est pas la moindre  !

Son histoire démarre en 1934 avec l’ouverture d’un boui-boui de fortune qui ragaillardissait les fameux « forts » des Halles après leurs nuits de labeur, à coup de mauvais beaujolais et d’eau-de-vie. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le petit tripot périclite, et est repris pour une bouchée de pain par Clément Blanc, un mosellan monté à Paris, qui obtient dès la Libération l’autorisation d’ouvrir 24h sur 24, 7 jours sur 7. De ce fait, le Pied de Cochon s’impose rapidement comme le repaire des forts des Halles et des « chevillards » – qui s’y retrouvaient de jour comme de nuit dans une ambiance bruyante et enfumée – mais aussi du Tout-Paris noctambule, attiré par cette brasserie où l’on pouvait manger à toute heure au coude-à-coude avec les célèbres et pittoresques manutentionnaires des Halles. Le Pied de Cochon devient un lieu de rendez-vous mondain incontournable, comme en témoigne le livre d’or de l’établissement, qui consigne les messages amicaux de nombreuses célébrités de l’époque, de la Callas à Belmondo.

 

Cet âge d’or prit fin au moment du déménagement des Halles à Rungis, évènement qui transforma le quartier historique en village-fantôme, et fit connaître au Pied de Cochon ses pires vaches maigres. Mais Clément Blanc, obstiné, décida de rester envers et contre tout, persuadé que son établissement connaîtrait un renouveau. Et effectivement, le lieu redevint à la mode lorsque Jacques Chirac, fraîchement élu maire de Paris en 1977 et grand amateur de cochonailles, décida d’en faire sa cantine. C’est aussi là que François Mitterrand choisit de fêter son accession à la présidence de la République en 1981.

 

Très récemment les attentats du 13 novembre et les impératifs financiers ont sonné pour la première fois depuis 1947 l’extinction des fourneaux du Pied de Cochon, le restaurant ayant décidé de fermer ses portes quatre nuits par semaine en raison d’une forte chute de fréquentation…

 

Hélène Rauffenstein

 

 

Au Pied de Cochon

6 rue Coquillère

75001 Paris

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