Tour de tables (3) : le Café de Flore

Tour de tables (3) : le Café de Flore

Paris Vox – Le Café de Flore fleure bon Saint-Germain-des-Prés, la rive gauche, et évoque inévitablement les intellectuels du même bord. On imagine les fantômes de l’infernal duo existentialiste Sartre / Beauvoir attablés avec BHL et Edouard Baer, partageant un expresso hors de prix dans une ambiance jazz feutrée. Et pourtant… ce café, inauguré au 71 de la rue des Saints Pères à la fin d’un 19ème siècle qui n’en finissait pas de s’étirer, a eu toute une histoire avant de se voir tragiquement lié au destin d’une poignée d’intellectuels marxistes.

 

Nommé « Flore » en hommage à la nymphe du même nom, qui était à l’époque statufiée devant sa porte, l’endroit connut très rapidement un destin littéraire.

A partir de 1898, en effet, tous ce que Paris comptait d’anti-dreyfusards s’y rassemblait, fédérés autour de Charles Maurras qui venait en voisin, habitant alors la rue du Dragon, parallèle. C’est ainsi au Flore que se rencontrèrent Henri Vaugeois, Maurice Pujo, et Jacques Bainville. Quelques mois plus tard, c’est au premier étage du même Café que furent rédigés les premiers numéros du Bulletin de l’Action Française, aventure relatée en détails par Maurras lui-même dans ses mémoires politiques d’ailleurs judicieusement intitulées Au Signe de Flore.

 

Un peu plus tard, en 1913, ignorant tout des grandes catastrophes à venir, Guillaume Apollinaire et ses proches investissaient le rez-de-chaussée du Flore pour se consacrer à l’écriture de leur revue littéraire « Les soirées de Paris ». Revenu blessé et très affaibli du front, Apollinaire reprit brièvement ses habitudes à la terrasse, le temps de poser les bases du dadaïsme et du surréalisme, avant de s’éteindre à l’âge de 38 ans.

 

Le rachat du Flore par Paul Boubal en 1939, aux prémisses de la deuxième guerre mondiale, marque un tournant dans l’histoire de l’établissement, le nouveau propriétaire – bougnat pourtant peu souçonnable d’affinités gauchistes – ayant su attirer chez lui une nouvelle élite intellectuelle emmenée par le tandem Sartre / Beauvoir. Mais le Flore devient alors aussi le repaire des noctambules facétieux et déraisonnables de Saint-Germain-des-Prés, Albert Vidalie et Antoine Blondin en tête, ce-dernier n’oubliant jamais de déclencher une bataille d’œufs avant de quitter les lieux et bénéficiant de la bienveillante protection du patron lorsqu’il s’agissait de justifier divers excès alcoolisés auprès des autorités.

Enfin, le Flore a longtemps abrité le siège d’un PCF bien particulier  : le Pouilly Club de France, créé par monsieur Boubal à la gloire du fameux vin.

 

Hélène Rauffenstein

Café de Flore

172 Boulevard Saint-Germain

75006 Paris

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Une fin du monde sans importance