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Le français, langue vivante jusqu’à quel point ?

Le français, langue vivante jusqu’à quel point ?

Paris Vox – (Tribunes) Le pronom Iel fait dire bien des choses à notre contributeur Pierre Pillerault.

Le pronom iel a donc fait son entrée dans le dictionnaire Robert.

Maintenant que la polémique s’estompe, j’aimerais revenir sur cet événement. Que la langue évolue, c’est une évidence ; le Français est une langue vivante et ceux qui estiment qu’elle est immuable et pense parler la langue de Molière devraient essayer de lire les écrits de Rabelais tel qu’ils ont été rédigés. Je pense qu’ils se rendraient compte à quel point la langue s’est modifiée en un demi millénaire. Après, que l’on regrette la direction prise par cette évolution et la source qui l’influence, c’est autre chose et pour tout dire, je le déplore tout autant que vous.

Mais pour en revenir au cas qui nous concerne, je crois que l’on a changé de paradigme et c’est très inquiétant. Jusque-là, rentraient dans le dictionnaire des mots plus ou moins barbares, souvent des anglicismes, des termes techniques ou des onomatopées issues du si riche idiome des chances pour la France. Mais que ce soit RIP, sexto ou télétravail pour ne citer que quelques exemples, ce sont des termes que l’on n’utilisait certes pas forcément, mais que l’on avait déjà entendu employés dans les médias, par la jeunesse ou chez des spécialistes.

Quelqu’un avait-il déjà entendu utiliser ce pronom iel avant qu’il ne fasse polémique ?

Pour ma part, je l’ai découvert à cette occasion. Alors, soit je vis dans un monde déconnecté de toute réalité évolutive (ce qui n’est pas totalement à exclure, je vous l’accorde, de la part du vieux con réac que je suis) mais il me semble pourtant avoir des connexions dans nombre de groupes hétéroclites, soit il n’est utilisé que par une élite auto-proclamée parisienne et progressiste qui entend faire de son entre-soi la norme, soit (et vous vous douterez que c’est l’hypothèse qui aura ma préférence) on crée ex-nihilo un terme qui va dans le sens des valeurs que cette même élite s’évertue à mettre en avant pour, sinon amener à ce que l’on utilise ce pronom ridicule, amener la mentalité collective vers elle. Si je ne fais pas fausse route, nous voilà à l’orée d’un mode d’action aussi novateur que terrifiant.

Pierre Pillerault