Pierre Gilieth (Réfléchir&Agir) : « L’abonnement à notre revue est un acte de résistance au système. »

Pierre Gilieth (Réfléchir&Agir) : « L’abonnement à notre revue est un acte de résistance au système. »

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Paris Vox – Notre site continue sa tournée des « médias alternatifs » en temps de crise. Aujourd’hui, rencontre avec Pierre Gilieth, infatigable animateur de la revue « Réfléchir et Agir » et des éditions Auda Isarn.

En ces temps de crise, comment se porte votre rédaction et plus globalement la revue ?

Bonjour  ! Nous allons tous bien. Notre camarade Christian Bouchet a été malade et hospitalisé. Mais fort heureusement, il est sorti du coma et va beaucoup mieux. Nous nous en réjouissons. Concernant la revue, comme vous le savez, notre presse ne bénéficie d’aucune subvention, relais médiatique, revue de presse, invitation télévisée ou radiophonique (voire même par certains médias au sein de notre propre mouvance). Le Système a toujours utilisé deux stratégies face à nous  : le silence radio, et le gourdin répressif via les lois liberticides type Gayssot. Donc Réfléchir&Agir tient le cap, surtout parce que, depuis le début de son existence en 1993, c’est une aventure de presse militante. Personne n’est payé chez nous, hormis la maquettiste, l’imprimeur, et les messageries de presse qui nous diffusent en kiosque. R&A est donc une histoire d’amitié et de combat. Mais on peut voir à quel point, avec un lectorat vieillissant (les jeunes ne lisent plus et se contentent de contenus sur écran – vidéos et infos en ligne), c’est devenu assez difficile. Je pense d’ailleurs que la presse papier disparaîtra dans moins de dix ans, au profit de sites en ligne type Boulevard Voltaire ou Mediapart. Il ne vous a pas échappé que beaucoup de titres de chez nous ont arrêté de paraître récemment  : Minute, Monde&Vie, L’AF 2000, La NRH (qui n’a pas survécu un an à la mort de son fondateur Dominique Venner), rejoignant au cimetière de la presse libre Le Choc du mois, Flash, National hebdo… Il n’y a désormais plus que quatre titres de chez nous en kiosque  : Rivarol, Éléments, Présent et R&A. Rappelons aux gens que l’abonnement à nos revues est un acte de résistance au Système. Et le soutien des nôtres vital car nous n’avons pas d’autre moyen de financement que celui-là. Et tant qu’on peut avoir le plaisir et le confort d’une lecture sur papier, loin des écrans qui nous monopolisent déjà trop, profitons-en  !

Pourriez-vous présenter à nos lecteurs le nouveau numéro de Réfléchir&Agir et peut-être rappeler, pour ceux qui ne la connaissent pas, votre ligne éditoriale  ?

Réfléchir&Agir se veut un magazine politique et culturel identitaire radical. Eugène Krampon le rappelle dans l’éditorial de notre nouveau numéro. Je le cite  : «  Pour séduire, convaincre, rassembler, il faudrait, parait-il, éviter d’aborder certains thèmes, de ne plus évoquer les sujets trop clivants, policer ses paroles et sa pensée. Une partie de notre mouvance est désormais acquise à cet état d’esprit. Pour quel résultat d’ailleurs  ? Nous attendons toujours les succès promis… qui ne viennent pas malgré tous les “gens sérieux” et autres métapoliticiens identitaires, souverainistes, qui parlent, publient, pontifient, tous les futurs cocus d’une hypothétique union des droites rénovées et décomplexées.  » Cela résume bien notre positionnement. Si c’est pour louvoyer, édulcorer, émonder au point de ne plus rien dire et de ne plus aborder aucun sujet important, alors autant tout arrêter et cultiver son jardin. Krampon a raison, toute une partie de la mouvance n’a plus rien à dire par frousse idéologique. Ces gens-là, de notre point de vue, ne servent à rien.

J’ajouterai que, en matière culturelle, nous ne nous interdisons rien non plus. Nous ne nous contentons pas de parler indéfiniment de Jünger ou de la Révolution conservatrice allemande. Dans ce nouveau numéro, nous parlons tout aussi bien de Rahan, Jacques Deray, Lucio Fulci, Francesco Rosi, Charles Manson, Marc-Edouard Nabe que de Drieu La Rochelle, Degrelle ou Evola. Enfin, nous donnons la parole à tous ceux qui construisent une contre-culture  : dans ce nouveau numéro, les écrivains Thierry Bouclier et Pierric Guittaut. J’en profite pour tirer un coup de chapeau à l’excellente revue Livr’Arbitres qui a bien compris, elle aussi, la nécessité de faire découvrir d’autres littératures, d’autres chefs d’œuvres que ceux de Christine Angot, Mazarine Pingeot ou Marie Darrieussecq.

Parvenez-vous à faire vivre la revue et les éditions Auda Isarn malgré le confinement ?

Oui, c’est notre métier à tisser militant depuis déjà 27 ans. Krampon et moi militons sans interruption depuis 1987 (nous avons été longtemps au FN avant de nous lancer dans l’aventure éditoriale de R&A). Les éditions Auda Isarn sont plus récentes. Je les ai créées, seul, en 2002 parce que j’avais été frappé que quasiment personne chez nous (j’ai été rejoint depuis par le cher Arnaud Bordes avec sa belle maison Alexipharmaque) ne publiait de romans, de BD ou de polars. Toujours ces « gens sérieux » dont parlait Krampon… Or je pense, à l’inverse, qu’il y a beaucoup plus de l’époque (et donc de sa dénonciation) dans les romans que dans la plupart des essais d’aujourd’hui. Lire Houellebecq (ou Lafourcade, ou Eman) me parait plus utile pour comprendre notre époque que 99 % d’essais contemporains, intra ou extra-mouvance, moins bien écrits et qui seront déjà oubliés six mois après leur parution. Balzac, Stendhal, Flaubert nous en apprenaient déjà aussi sur leur temps. Céline, Aragon, Drieu tout autant. Depuis 1945, nos ennemis ont investi le champ culturel qui leur a permis, fruit d’une longue maturation, de faire Mai 68 et de prendre le pouvoir en 1981. Chez nous, tout le monde cite Gramsci mais personne ne l’applique. Il faut promouvoir une contre-culture. Et ne pas se contenter de faire uniquement des essais politiques. Je me réjouis de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de romanciers : Bruno Favrit, Thierry Bouclier, Arnaud Bordes, Bruno Lafourcade, Xavier Eman, Pierric Guittaut qui rejoignent leurs aînés Alain Sanders, Michel Marmin, Olivier Mathieu ou Philippe Randa. Et j’ai la chance de profiter aussi du grand talent d’Orick, un jeune illustrateur, moderne et créatif, qui a métamorphosé les couvertures des livres Auda Isarn.

L’une des prochaines publications des éditions Auda Isarn

Quel est votre regard personnel sur la situation actuelle et les décisions prises par le gouvernement ?

Je ne suis pas le plus politique de la bande à R&A. Mes réponses n’engagent donc que moi. Cette crise sanitaire démontre l’ineptie de ce Système libéral mondialisé. Son côté grotesque et criminel. Nous sommes gouvernés par des gens qui ne pensent qu’au fric. Des gens sans âme, sans culture, de moins en moins instruits, de plus en plus superficiels, réagissant à des stimuli émotionnels (ras-le-bol de cet émotionnel creux qui est la marque de notre époque tout aussi creuse). Mon ami Francis Lacassin me disait souvent qu’il n’avait jamais connu d’époque aussi médiocre intellectuellement, y compris dans le milieu éditorial qui était le sien. Il n’avait certes pas nos idées mais, comme nous, comprenait bien dans quelle décadence et médiocrité nous étions tombés. J’espère donc que cette crise va achever ce Système définitivement. L’anéantir totalement pour que l’on puisse rebâtir un autre monde plus humain, plus respectueux des différences ethno-culturelles et des civilisations, et moins obnubilé par le fric et la sacro-sainte réussite (aujourd’hui mieux vaut être un crétin qui réussit qu’une personne curieuse d’esprit et cultivée qui gagne normalement sa croûte). J’ai peu d’espoir en la lucidité des Français – qui ont porté au pouvoir tous ceux qu’ils critiquent deux ans après leur vote – mais, pour la première fois de ma vie, je vois monter une colère inédite, matérialisée récemment par la crise des Gilets jaunes ou la scandaleuse réforme des retraites. Il faut anéantir cette élite mondialisée qui a fait venir une immigration de masse dès les années 1960 (et allant crescendo surtout à partir du regroupement familial décidé par saint Chirac). Après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, il y avait un million de chômeurs en France. Pourquoi faire venir cette immigration dès lors  ? Si ce n’est pour faire du dumping sur nos salaires, pour le plus grand profit de la finance et du patronat mondial. Cela n’a profité qu’à 10 % de notre population, et appauvri les 90 % restants.

Malgré les difficultés du moment, des nouveautés vont-elles paraître bientôt ?

Réfléchir&Agir fait paraître ces jours-ci en kiosque (mais abonnez-vous, vous le recevrez directement chez vous, aurez droit à un hors-série avec le n° suivant de juillet, et un accès en ligne à toutes nos archives et anciens numéros) son n°65, consacré au bourbier proche-oriental, avec de nombreux articles variés dans la partie magazine, et un entretien avec Pierric Guittaut. Ce pensionnaire de la Série Noire de Gallimard publie un roman policier, Docteur Geikil & Mister Hussard, dans la collection du Lys Noir. C’est un nouvel épisode du Hussard, ce libraire (le jour) et justicier (la nuit) qui a déjà connu quelques aventures sous la plume de Bruno Favrit, Alain Sanders, Xavier Eman, Thierry Bouclier ou Bruno Lafourcade. Le Hussard se retrouve ce coup-ci à l’hôpital après un accident de voiture. Il y découvre des choses étranges… Autre nouveauté, Chronique du 7e art qui rassemble l’intégralité des articles de cinéma écrits par Robert Brasillach dans la presse (de 1927 à l’été 1944), et qui n’avaient jamais été publiés. Philippe d’Hugues en signe la longue préface. Il y a aussi la réédition d’Ambor le Loup, préfacé par l’excellent Michel Marmin, un roman gaulois assez génial de J.-H. Rosny aîné, l’auteur de La Guerre du feu. Il se déroule à la fin de la Guerre des Gaules, où Ambor et ses guerriers mènent une guérilla face aux Romains, refusant l’affrontement frontal de Vercingétorix face à César – ce qui le perdra à Alésia. C’est un roman admirable, avec ce mélange d’histoire et de fantastique (les Gaulois croisent des mammouths, des peuplades préhistoriques, et même un déluge ! Et Ambor arrive presque à kidnapper César !) qui est la marque de Rosny aîné. Enfin, je sors un essai sur l’Épuration, période charnière de notre histoire puisqu’elle a posé le socle de la reconstruction intellectuelle et politique de notre pays, d’où est issu tout ce que nous vivons.

Le site des éditions Auda Isarn : https://reflechiretagir.com/editions/auda-isarn/