3 janvier : c’est la Sainte Geneviève

3 janvier : c’est la Sainte Geneviève

Paris Vox – Comme l’éphéméride le précise, nous fêtons ce 3 janvier la Sainte Geneviève. Retour biographique sur la Sainte Patronne de Paris.

La jeunesse et la vocation de Geneviève

Sainte Geneviève, l’une des plus illustres héroïnes de la religion chrétienne dans les Gaules, l’instrument dont se servit le Seigneur pour contribuer à répandre la vraie foi parmi les Français, naquit en l’an 421 au bourg de Nanterre, à trois lieues de Paris. Son père se nommait Sévère et sa mère Géronce. L’enfance de celle que le ciel avait choisie pour être, pendant sa vie et plus encore après sa mort, la consolatrice et la bienfaitrice des habitants de la capitale d’un grand royaume, annonça déjà ce qu’elle serait un jour. Elle avait à peine sept ans qu’elle reçut déjà un glorieux témoignage de sa vertu et de sa piété précoce. Saint Germain, évêque d’Auxerre, et Saint Loup, évêque de Troyes, pendant le voyage qu’ils firent en Angleterre pour aller combattre l’hérésie de Pélage qui infestait ce pays-là, ayant passé par Paris, s’arrêtèrent pour coucher à Nanterre. Leur arrivée dans ce bourg fut bientôt connue, et les fidèles s’empressèrent de se rendre auprès d’eux, demandant leur bénédiction. Dans la foule se trouvait Géneviève avec ses parents. L’Esprit Saint la fit connaître à Saint Germain ; car ce prélat ne l’eut pas plus tôt aperçue, qu’il lui dit d’approcher. Il lui demanda son nom et celui de ses parents, et lui prédit sa future sainteté ainsi que les grâces que Dieu lui préparait ; puis s’adressant à ses parents, il leur annonça que cette enfant leur causerait bientôt une grande joie, qu’elle se consacrerait à Jésus-Christ, et embrasserait la vie des vierges chrétiennes.

Geneviève qui avait depuis longtemps songé à pratiquer ce que le prélat venait d’annoncer, lui dit que son plus ardent désir était de rester vierge et de devenir épouse du Christ : alors Saint Germain lui donna sa bénédiction et la conduisit à l’église avec lui ; il y fit chanter plusieurs psaumes, et récitât plusieurs prière pendant qu’il tenait la main droite étendue sur Geneviève, comme pour la consacrer à Dieu. À l’issue de l’office divin, le prélat emmena la sainte enfant avec lui, et la retint pendant le repas ; ensuite il la remit à son père, après avoir fait promettre à celui-ci de la lui ramener le lendemain avant son départ.

Les parents se rendirent chez Saint Germain, le lendemain à l’heure marquée, et le prélat demande à Geneviève si elle se souvenait encore de la promesse qu’elle avait faite à Dieu. Elle répondit qu’elle s’en souvenait fort bien et qu’elle espérait y être fidèle avec le secours du Seigneur. Germain, que cette réponse charma, exhorta l’enfant à persévérer dans sa pieuse résolution. Il lui donna de nouveau sa bénédiction et suspendit à son cou une médaille en cuivre, sur laquelle était gravée la croix, afin de lui rappeler qu’elle était consacrée à Jésus-Christ, et qu’elle ne devait aimer à l’avenir que ce Dieu-Sauveur. Il lui recommanda ensuite de fuir la vanité de ce monde, de ne point chercher les parures, de ne jamais porter ni bracelets, ni bijoux d’or et d’argent, ni collier de perles, mais de s’occuper à acquérir la beauté de l’âme, qui seule la rendrait agréable à l’Époux auquel elle appartenait.

Après cet entretien, qui eut lieu devant tout le peuple, le prélat dit adieu à Geneviève et à ses parents et continua sa route avec Saint Loup. Le souvenir de ce qui venait de passer de s’effaça jamais de la mémoire de Geneviève. Les exhortations du prélat firent une vive impression sur elle ; ses mœurs devinrent plus douces, son obéissance plus profonde et sa piété plus fervente : car Geneviève se regardait avec raison comme séparée du monde, et quoiqu’elle fût encore très jeune, elle menait une vie exemplaire. Elle n’était jamais plus heureuse que quand elle pouvait aller à l’église. On rapporte que sa mère, se rendant un jour au temple du Seigneur, ne voulut point y mener sa fille avec elle, malgré les insistances réitérées de celle-ci. Geneviève, vivement peinée de ce refus, se mit à pleurer ; alors sa mère, dans un excès d’emportement, la frappa, mais le Seigneur punit bientôt ce trait de vivacité en privant Géronce de l’usage de la vue. Cette femme, ainsi corrigée resta aveugle pendant plus de vingt mois, et ne recouvra la vue qu’en se frottant les yeux avec l’eau que Geneviève avait tirée au puits et sur laquelle elle avait fait le signe de la croix : telle parait être la dévotion que les fidèles ont au puits de Nanterre, dont l’eau fut bénite, selon la tradition du pays.

La vie tumultueuse de Geneviève à Paris

Le moment approchait où Geneviève devait renoncer solennellement et se consacrer à Dieu. Ses parents la présentèrent à l’évêque avec deux autres vierges, pour recevoir de ses mains le voile sacré de la religion. Geneviève avait alors 15 ans  ; et l’évêque, après s’être assuré de la servante de Dieu et lui avoir retracé les devoirs auxquels la vie religieuse allait la soumettre, lui donna le voile. Geneviève reconnut toute la grandeur de la grâce que le Seigneur lui faisait en l’admettant au nombre de ses épouses  ; elle promit d’en remplir exactement toutes les conditions. Sa vie était dès lors partagée entre la prière et les travaux auxquels son sexe l’invitait. Après Dieu, ses parents étaient tout pour elle  : mais hélas  ! que cette vie est mêlée d’amertumes  ! À peine Geneviève a-t-elle fait quelques pas dans sa carrière mortelle, que ses jours sont menacés d’expirer dans la peine. L’inexorable mort vient lui enlever ce qu’elle avait de plus cher au monde, ses bons parents. Orpheline, sans fortune, sans protecteurs, la jeune vierge allait sécher de douleur, comme une tendre fleur exposée aux chaleurs brulantes du midi et privée de l’ombre hospitalière qui aurait pu la garantir des feux mortifères  : mais elle espérait dans le Seigneur, qui se plait à être appelé le soutien de l’orphelin, le consolateur de l’affligé, et cette espérance ne fut pas veine.

Geneviève avait à Paris sa marraine, dame d’une grande vertu. Elle vint la trouver, lui exposa sa pénible situation et en obtint un asile. L’orpheline portait avec elle cet amour de la prière et cet esprit de mortification qui lui avait fait embrasser avec joie la plus grande austérité, depuis qu’elle avait reçu le voile. Sa nourriture consistait en un peu de pain d’orge et en des fèves qu’elle faisait cuire à l’eau. Sa boisson n’était que de l’eau, et elle continua ce genre de vie jusqu’à l’âge de cinquante ans, quand plusieurs évêques lui ordonnèrent de manger du poisson et de prendre un peu de lait.

Si Geneviève nous a déjà paru formidable par sa conduite sage et par les vertus qu’elle pratiqua pendant son séjour à Nanterre dans la maison paternelle, c’est surtout maintenant qu’elle va briller d’un nouvel éclat, vivant au milieu des tumultes du monde et au sein d’une ville opulente. Ce n’est plus l’humble bergère qui se livre, dans le silence et la retraite, aux œuvres de la piété et de la charité chrétiennes  ; c’est la courageuse épouse de Jésus-Christ, qui vient donner à toute une cité l’exemple nouveau pour elle d’une vie alliant ensemble la ferveur du cloître, l’austérité de l’anachorète et le travail des mains. Une pureté inviolable du corps et de l’esprit, une charité ardente et bien entendue, une oraison presque continuelle, une foi vive et éclairée, une vie active et une humilité profonde, tels sont les titres que Geneviève offre aux yeux des chrétiens. La ferveur qu’elle déployait dans l’accomplissement de tous ses devoirs lui attirait des consolations intérieures, par lesquelles le Dieu de bonté la dédommagea bien des privations qu’elle eut à essuyer de la part d’un monde méchant et ennemi de tout ce qui le condamne.

Cette humble fille, qui avait renoncé aux joies de la terre, et qui avait eu le courage de fouler aux pieds les vaines jouissances qu’elle présente, devient bientôt un objet de censure pour les ennemis de sa conduite. On décria son genre de vie, on la traita de visionnaire, d’hypocrite  ; on attribua à l’amour propre les efforts qu’elle faisait pour plaire au Seigneur, et on alla jusqu’à la plaisanter sur les grâces extraordinaire qu’elle recevait de Dieu. Sans doute, la sainte fille était au-dessus de tout ce que la malice des hommes pouvait inventer contre elle, et on avait beau flétrir une vertu si pure, elle n’en parut pas moins grande aux yeux de ceux qui savent apprécier la véritable piété. Le Seigneur voulait ainsi faire passer Geneviève pour le creuset des humiliations, et la détacher de plus en plus de ce monde, en lui apprenant à ne rien espérer des hommes.

Ce temps de l’épreuve dura jusqu’au second voyage que Saint Germain d’Auxerre fit dans la Grande-Bretagne  : alors ce prélat, passant de nouveau à Paris, eut l’occasion d’y revoir Geneviève, qui lui fit part des faveurs qu’elle ne cessait de recevoir de Dieu, ainsi que les persécutions dont elle était l’objet. Il n’était pas difficile d’entrevoir la plus horrible calomnie dans les accusations portées contre la vierge fervente  : aussi l’évêque détruisit-il de suite les préventions qui existaient contre elle, et en la justifiant, il releva le mérite de sa sainte vie. Mais le calme qui succéda à cet orage ne fut pas de longue durée, le feu de la persécution ne tarda pas à se rallumer avec une nouvelle violence et voici à quelle occasion.


De la protection de Paris à la reconnaissance des miracles de Geneviève

Attila, roi des Huns, était entré dans les Gaules avec une armée formidable, composée de troupes de diverses nations barbares. Ce farouche conquérant avait marqué tout son passage par l’incendie, le pillage et les excès de tout genre. Les contrées les plus fertiles qu’il avait traversées étaient devenues des déserts, et il venait fondre sur la belle France comme un lion ne respirant que le carnage. Le bruit de sa marche rependit en peu de temps l’alarme sur Paris  ; ceux d’entre les habitants qui ne se crurent pas en sureté dans cette ville, prirent le parti de l’abandonner et de se retirer dans quelque place plus fortifiée. Mais Geneviève, remplie de confiance dans la protection de Celui qui n’abandonne jamais les siens, surtout en temps de péril, annonça hautement que le Seigneur protègerait la ville, si on voulait recourir avec Lui par la prière, les jeûnes et les divers pratiques de pénitence que les chrétiens emploient ordinairement pour fléchir la divine miséricorde.

Quelques pieuses femmes, que ses discours et la vivacité de sa foi avaient touchées, allèrent la trouver, s’enfermèrent avec elle dans le baptistère public, et y passèrent plusieurs jours dans les exercices de la pénitence  : mais la multitude, toujours effrayée à la vue d’un ennemi puissant, s’en prit encore à la sainte, la traita de fausse prophétesse, et la persécuta de nouveau. Geneviève se soumit à la volonté de Dieu, et pria pour ses ennemis. Cette générosité, que le christianisme peut seul inspirer, au lieu de lui gagner les cœurs de ses ennemis, les poussa jusqu’à vouloir même attenter aux jours de cette vertueuse fille. Le Seigneur ne l’abandonna pas dans ce danger extrême  ; car, pendant que ses ennemis délibéraient sur son sort, arriva l’archidiacre de Saint Germain d’Auxerre, qui apporta des présents de la part de ce prélat. Ces présents consistaient en différentes choses bénites, appelées eulogies, que l’évêque envoyait depuis l’Italie à la sainte, en signe de l’union de leur foi et de l’amitié qu’il lui portait.

Il ne fallait pas moins qu’un témoignage si éclatant de la part d’un prélat aussi estimé que Saint Germain, pour désarmer le courroux des ennemis de Geneviève. Ils rougirent de l’indignité de leur conduite, et revinrent de leur prévention contre la pieuse vierge, qui n’avait d’autre tort que de se distinguer d’eux par une vie vertueuse. Peu de temps après, lorsque l’évènement vint justifier la prédiction de la sainte, et que l’ont appris que les Huns avaient changé l’ordre de leur marche, on conçut une profonde vénération pour elle  ; car non seulement on reconnut le don de la prophétie dont le ciel avait doué Géneviève, mais on admira de plus celui des miracles. Geneviève en opéra d’éclatants en diverses villes où elle fut appelée soit par sa dévotion, soit par la confiance que les chrétiens avaient dans ses prières. C’est ainsi qu’on la vit se rendre à Tours pour y vénérer les reliques de saint Martin. Paris, Orléans, Troyes, Laon et Tours furent témoins du crédit dont elle jouissait auprès de Dieu, et devinrent le théâtre de ses œuvres miraculeuses. Le fruit de sa sainteté se répandit non seulement en France , mais jusqu’aux extrémités de la terre ; car on rapporte que saint Siméon Stylite, ayant appris par des voyageurs français quels progrès Geneviève avait faits dans la science des saints, lui fit demander le secours de ses prière

Geneviève, une sainte écoutée

Dès ce moment, l’humble servante de Dieu continua d’être l’objet de la vénération des habitants de Paris : on la chérissait comme une tendre mère, on la regardait comme une âme privilégiée dont Dieu prenait un soin particulier. La confiance en son intercession était si grande, qu’on réclamait de toutes parts ses prières , surtout dans les maladies et dans les afflictions ordinaires de la vie. Cette confiance parut surtout pendant le siège de Paris par Childebert, roi des Français. Les assiégés étaient pressés par les horreurs de la famine : Geneviève s’offrit de conduire ceux que l’on avait envoyés chercher des vivres, et les accompagna jusqu’à Arcis-sur-Aube et môme jusqu’à Troyes, et les ramena heureusement et sans aucun accident, malgré les dangers auxquels ils avaient été exposés.

Lorsque Paris eut été pris par Ghildéric, ce monarque, quoique païen, sut estimer la vertu de Geneviève, et suivit ses conseils en plusieurs circonstances ; il fit même, à sa prière, plusieurs actes de clémence. Clovis son fils, qui lui succéda dans le gouvernement de ses états, accorda plusieurs fois la liberté aux prisonniers pour lesquels Geneviève avait intercédé. Sainte Clotilde, l’épouse de ce prince, aimait singulièrement la pieuse vierge, et s’entretenait souvent avec elle. Geneviève se servit du crédit dont cette princesse jouissait auprès du roi, pour l’engager à bâtir une église dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul (sur l’actuelle Montagne Sainte Geneviève). Cette église, commencée par Clovis, fut achevée plus tard par sainte Clotilde. Geneviève fît de même construire une église à l’endroit où saint Denis et ses compagnons versèrent leur sang pour Jésus-Christ. Ainsi cette vertueuse fille chercha- t-elle, jusqu’à un âge très-avancé, à procurer la gloire de Dieu et à faire triompher la religion.

Son céleste époux l’appela enfin à une vie plus heureuse , le trois janvier 512. Geneviève mourut à l’âge de 89 ans , cinq semaines après Clovis. L’idée qu’on avait de sa sainteté était si grande, qu’on l’enterra auprès de ce prince, dans l’enceinte de l’église des Apôtres, que l’on construisait alors ; le peuple éleva presque aussitôt un oratoire de bois sur le tombeau de sa bienfaitrice , et cet oratoire subsista jusqu’à ce que l’église fût achevée. Le tombeau de la Sainte devint bientôt célèbre par les miracles qui s’y opérèrent ; les fidèles y accouraient en foule pour réclamer son intercession. Les rois y déposaient leurs offrandes comme les autres chrétiens, et saint Eloi employa, vers l’an 655, l’industrie de son art pour décorer ce sépulcre.

Les choses restèrent en cet état jusqu’à l’invasion des Normands. Comme l’église des saints apôtres Pierre et Paul était située hors de l’enceinte de Paris , on craignait avec raison que ces barbares ne profitassent de cet avantage pour profaner le tombeau de la Bienheureuse. Afin de prévenir ce malheur, on leva le corps de terre, on le mit dans une belle châsse et on le porta en 845 à Athis , puis à Draveil, et cinq ans après, à la Ferté-Milon d’où il fut enfin rapporté à Paris en 855. En 1242 , l’abbé de Sainte-Geneviève fit faire une châsse magnifique pour y déposer les reliques de la patronne de Paris. Cette châsse était presque toute couverte de pierres précieuses données par des rois et des reines de France. Elle subit au moment de la révolution le sort de tous les objets consacrés au culte catholique : les précieuses reliques en furent tirées et cachées par des personnes pieuses : ce ne fut qu’en 1822 , le 3 janvier, qu’on les vit replacées solennellement dans la belle basilique dédiée à la Sainte, où elles continuent d’être exposées à la vénération des fidèles.

Théodore-François-Xavier Hunkler