Violence politique ?

Violence politique ?

Paris Vox (Tribunes – via Présent) – Les récentes mobilisations des « gilets jaunes » ont entraîné un certain nombre de violences et de dégradations tournant parfois, notamment à Paris, à de véritables scènes de « guérilla urbaine ». Des images impressionnantes d’affrontements avec la police, de barricades et d’incendies ont fait (complaisamment) le tour des médias nationaux et internationaux, suscitant émoi et inquiétude. Mais au-delà de l’émotion, si compréhensible soit-elle, ces événements remettent en lumière la délicate question de l’usage politique de la violence.

En effet, l’observation honnête des événements des week-ends derniers invalide l’explication habituelle et facile pointant du doigt quelques « casseurs » incontrôlables venant déborder des manifestants pacifiques. Si, bien sûr, la grande majorité des« gilets jaunes » n’ont pas participé aux explosions de violence qui ont émaillées les journées d’action, cette dernière était présente dès le début des rassemblements et irriguait l’ensemble des manifestations, bien loin du schéma classique des« incidents » éclatant, la nuit tombée, au moment de la« dispersion ».

Bien que finalement encore limitées (malgré la « dramatisation » des porte-paroles du pouvoir), les violences qui ont pu être observées lors de certaines actions de » gilets jaunes », si elles choquent naturellement «l’honnête homme » attaché au calme et à l’ordre, ne sont clairement pas de la même nature – en tout cas pas majoritairement – que les habituelles exactions commises par les franges « racaillo-gauchistes » d’un lumpenprolétariat qui s’agrège systématiquement aux mouvements collectifs à des fins de pures rapines ou de nihilisme destructeur. Elles sont au contraire révélatrices d’un degré de révolte, d’exaspération, et même de désespoir, sans doute jamais atteint par des catégories sociales jusque-là « légitimistes » mais ayant perdu toute confiance, toute foi et toute espérance en un système politique représentatif démissionnaire et des corps intermédiaires (syndicats, partis…) totalement discrédités, à force d’abandons et de compromissions. Cette nouvelle donne apparaît donc tout autant porteuse de grandes espérances révolutionnaires que de grandes inquiétudes en terme de paix civile et de sécurité publique, elle représente une « ligne jaune » entre les réformistes qui ne souhaitent qu’une meilleure redistribution au sein du système libéral-capitaliste et ceux qui considèrent que celui-ci fait partie du problème et qu’il faut l’abattre pour refonder une nouvelle société plus juste, équilibrée, homogène et harmonieuse. Nul ne sait à ce jour de quel côté basculera le mouvement des « gilets jaunes », si atypique et polymorphe qu’il rend tout « pronostic » hautement hasardeux.

La défaite des gens polis et bien élevés

Habitués que nous sommes au ronronnement des assemblées, aux débats feutrés des cabinets, aux escarmouches à fleurets mouchetés des « négociations », nous avons oublié un peu vite que notre République s’est fondéesur les barricades, que nos droits et libertés ont souvent été acquis au prix du sang et que nos ancêtres ont dû, en de nombreuses occasions, arracher, face au matraques et même aux fusils, ce qu’ils n’auraient jamais obtenus en restant « polis et bien élevés », comme les mobilisations massives mais impuissantes de la Manif Pour Tous l’ont encore une fois démontré de manière particulièrement crue.

D’ailleurs, la sacro-sainte « déclaration des droits de l’homme », elle-même, porte en son sein l’héritage de cette tradition de combat, dans son article 35 qui proclame  : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ».

Or, sommes-nous aujourd’hui très éloignés de cette situation  ? Quand un gouvernement organise l’invasion de son sol, laisse sa paysannerie se suicider, écrase fiscalement les forces productives, abandonne ses SDF dans les rues, n’assure plus la sécurité intérieure, travestit l’histoire et abrutit la jeunesse, le «  viol des droits du peuple » n’est-il pas avéré  ? Et dans un tel cas, pour une population privée de perspectives, acculée, en voie depaupérisation et de précarisation, poussée au désespoir, la violence redevient une option.

On peut bien sûr le regretter, s’en inquiéter grandement, et chercher à toutes forces des alternatives concrètes et efficientes à celle-ci, mais oui, il y a une violence politique légitime. Et même parfois, nécessaire. L’auto-défense, dans le champ collectif et politique comme dans le domaine privé, est un droit, un attribut fondamental de la liberté.

Xavier Eman (artice paru dans le quotidien Présent, en kiosques ou sur abonnement).

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