Le président de la communauté chrétienne Sainte-Rita témoigne [Interview]

Le président de la communauté chrétienne Sainte-Rita témoigne [Interview]

Entrevue réalisée par le site Les Observateurs.


Quelques jours après l’expulsion manu-militari des fidèles de l’église Sainte-Rita, Les Observateurs sont allés à la rencontre de Pierre-Louis Laupies, président de l’association Communauté chrétienne Sainte-Rita Paris – 15ème.

 

Les Observateurs : Vous étiez présent lors de l’arrivé des forces de l’ordre, pouvez-vous nous dire comment cela s’est passé ?

Pierre-Louis Laupies : Présents dès la veille au soir, des jeunes paroissiens et des voisins s’étaient mobilisés. Une messe était annoncée pour six heures du matin. Nous avons vu arriver dès cinq heures de nombreuses personnes, des jeunes, des vieux, des voisins, des paroissiens puis sont arrivés les élus locaux du 15ème arrondissement. C’était un formidable rassemblement, les gens étaient calmes et détendus. À six heures et quart, la messe commence, la majorité des personnes présentes rentrent dans l’église pour y assister.

À 6h45, nous voyons arriver les forces de l’ordre. Un camion banalisé blanc, une trentaine de CRS en armure se plantent devant l’église. Face à eux, je suis présent avec quelques jeunes arrivés après le début de la messe et les élus. Je tente avec l’aide d’un des élus d’engager une négociation pour que nous puissions au moins finir la messe. Des actions juridiques sont encore en cours contre l’ordonnance d’expulsion, ce que je rappelle au commissaire. Ces pourparlers ne donnent rien, la police décide d’expulser, quitte à utiliser la force.

Nous sommes une dizaine de jeunes hommes et femmes à nous regrouper devant l’entrée de l’église, les élus nous rejoignent. La police s’approche, nous décidons de nous asseoir pour montrer notre volonté pacifiste. La suite vous l’avez vue en vidéo : clefs de bras, étranglements, plusieurs personnes dont des élus sont traînées au sol, nous sommes un par un expulsés à une centaine de mètres de l’église.

Scie circulaire, tronçonneuse, bélier hydraulique et merlin entrent en action contre la palissade puis la grille devant les portes de Saine-Rita. Il est sept heures passées, nous commençons à recevoir de nombreux messages de soutien.

La barricade puis la porte de l’église sont fracturées, alors que la messe continue. Une barricade de banc a été montée devant la porte pour permettre de gagner quelques minutes.

Les CRS sont remplacés par une compagnie d’intervention, flashball et tireur cougars, gazeuse lacrymo et tonfa, la police décide de donner l’assaut. Encore une fois, je n’ai pas grand chose à rajouter aux images. L’abbé Billot a été jeté et traîné au sol, les fidèles et les enfants de chœur violemment menés à la sortie, parfois après s’être reçus plusieurs coups. À l’extérieur, les premiers expulsés et les soutiens arrivés après le début des opérations acclament et réconfortent ceux qui sortent. La présence policière se renforce, il y a plus d’une centaine de CRS présents. L’abbé de Tanoüarn est le dernier à sortir de l’église.

 

Les Observateurs : Une semaine après l’assassinat du père Jacques Hamel par des terroristes islamistes, comment interprétez-vous la décision d’expulser la communauté de Sainte-Rita ?

 

Pierre-Louis Laupies : Cette décision d’expulsion montre et prouve clairement que le ministère de l’Intérieur a d’autres priorités que la protection de ses citoyens. Alors que la menace terroriste est plus que jamais présente, que dans le Val d’Oise, des émeutes ont lieu chaque soir à grands coups de caillassage et de cocktails molotov, la priorité est donnée à l’expulsion d’une église. Chacun peut en tirer les conséquences. On préfère user des forces de l’ordre pour permettre l’achèvement d’un projet spéculatif immobilier plutôt que pour défendre les citoyens français.

 

Les Observateurs : L’église Saint Rita ayant été vendue par l’Association des chapelles catholiques et apostoliques, est-ce que l’on peut dire, selon vous, que les Catholiques soient fautifs dans cette affaire ?

 

Pierre-Louis Laupies : Il faut faire attention au terme de « catholique ». Ce dernier terme fait référence à ceux en pleine communion avec Rome, aux fidèles, aux prêtres dépendants de l’Église catholique romaine conduite par le Pape François. L’association des chapelles catholiques et apostoliques n’a de catholique que le nom, il s’agit d’une association gallicane, avec des liens forts avec certaines communautés anglicanes. Ces derniers n’ont rien à voir, ni avec Rome, ni avec les « occupants » actuels de Sainte-Rita. L’Église catholique en tant qu’institution, la hiérarchie catholique, n’est pas impliquée directement dans Sainte-Rita. À cela près, que depuis un an la messe catholique y est célébrée plusieurs fois par semaine.

 

J’aimerais juste rappeler que le Pape a appelé les jeunes catholiques à quitter leurs salons et leurs divans pour lutter pour la foi du Christ dans le monde. Il y avait plus de 4 000 jeunes parisiens présents aux JMJ, ils étaient plus de trente à défendre Sainte Rita.

 

Les Observateurs : Quelle suite comptez-vous donner à cette affaire ?

 

Pierre-Louis Laupies : Depuis plusieurs mois, de nombreux recours juridiques ont été entamés. Notre avocat fait un excellent travail.

 

Récemment la Cour administrative de Paris nous a donné raison reconnaissant la caducité de l’ordonnance d’expulsion. Nous avons été déboutés par le Conseil d’État pour une simple raison de forme. La survie de Sainte-Rita passe par cette lutte judiciaire. Néanmoins, et comme l’a rappelé l’abbé de Tanoüarn, nous souhaitons trouver une solution amiable afin que cette église garde sa destinée. Nous appelons au dialogue et à une table ronde avec les différents protagonistes.

 

Nous avons aujourd’hui besoin d’un soutien spirituel, mais aussi financier afin de mener de front ces différents axes de bataille. Nous continuerons à célébrer la messe, chaque dimanche devant Sainte-Rita et nous vous invitons à venir célébrer avec nous la fête de l’Assomption, en vous joignant à la procession qui partira à 16h00 de Sainte-Rita.

 

Grâce à votre soutien, Sainte Rita ne sera pas détruite !

 

Propos recueillis par Jordi Vives pour Les Observateurs.

 

 

 

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