Paris dans la littérature

Paris dans la littérature

PARIS VOX – EN PARTENARIAT AVEC LA REVUE LITTÉRAIRE NON CONFORME LIVR’ARBITRES, RETROUVEZ DÉSORMAIS RÉGULIÈREMENT SUR PARIS VOX UNE SÉLECTION D’EXTRAITS DE TEXTES LITTÉRAIRES ÉVOQUANT PARIS ET L’ILE DE FRANCE, LEUR HISTOIRE, LEURS HABITANTS, LEURS RUES ET LEURS MONUMENTS…. AUJOURD’HUI, JACQUES PREVERT.


Le Luxembourg

C’est là où, pendant des années, je devais passer mes vacances avant d’aller plus loin, avant d’entreprendre, avec les copains, sur le tampon des trams ou au cul des camions, les grands voyages à Billancourt, à la Vache-Noire ou à Issy-les-Moulineaux, le tour du monde de paris, du quai de Bercy au Point-du-Jour.

Le Luxembourg, pour moi, c’était tout de même plus grand que le Bois puisque je pouvais aller m’y promener tout seul, mais l’herbe, sauf les pigeons et les jardiniers, personne n’avait le droit d’y poser les pieds. Cela devait appartenir à quelqu’un puisque les gardiens la gardaient, cette herbe. On aurait dit les mêmes qu’au Musée de Cluny qui gardent les armures, les vieilles pièces de monnaie, les lits à baldaquin et, dans une vitrine, avec son cadenas et sa clé, la ceinture de fer qu’on appelait « ceinture de chasteté ».

Oui, cette herbe devait être bien précieuse comme les palmiers qu’on venait chercher en voiture aux approches de l’hiver et que les jardiniers enfermaient dans un grand hangar de pierre tout à côté du musée du Jardin où il y avait un tableau et des statues.

Un peu avant que la nuit tombe, les gardes jouaient du clairon et du tambour pour dire qu’il fallait s’en aller.

Revenait alors la phrase  : « J’ai beau savoir que ce n’est pas grand-chose… »

Ça me faisait mal et me donner envie de pleurer.

Ce clairon, ce tambour, nous poursuivaient, nous menaçaient en répétant sans cesse  : fini de jouer, il faut s’en aller. Et jamais rien dans cette musique pour nous rappeler que demain tout recommencerait.

Ils n’y avaient peut-être pas pensé.

Heureusement, le lendemain, comme chaque jour, les grilles s’ouvraient et le jardin, comme la veille, nous dévoilait ses coins les plus secrets.

Jacques Prévert, Paris est tout petit, Editions Le cherche midi, 2009.

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