Le Bourgeois, le roi de l’époque

Le Bourgeois, le roi de l’époque

Paris Vox (Tribune) – Les ultimes forces du « système » sont jetées dans la bataille, des milliers de millions de zombies se lèvent, prennent le large sur des radeaux de fortune, poussent les caddies de la vie à crédit ou accourent aux bureaux de votes en pensant adoucir piteusement leurs destins et prolonger leur confort factice. Les derniers hommes encore vivants, avec le peu de bonne volonté qui leur reste, mais la rage impérieuse de vouloir rester en vie, doivent se rappeler sans cesse que leur pire ennemi est avec eux, possiblement en eux : l’esprit bourgeois.


Tous les matins, tous les soirs, sur les périphériques des villes, ou les nationales des champs, dans les supermarchés entre la baguette et les packs de flotte, dans les boutiques à portables, ou aux terrasses des bars branchés, il passe, rapace, vole et survole la grande dépression qu’est sa vie. Il pense que « l’égalité » a du sens. Il ne jure que par le droit, par l’amour. Il est un maître de la duplicité, car il aime, il adore « la diversité », dès lors où elle se trouve loin de l’école où vont ses enfants. Il est « ouvert, tolérant », surtout avec ses propres lâchetés. Il ne tolère pas en revanche, les gens qui ne partagent pas sa tolérance. Il n’aime pas les religions, surtout celles qui ont fait son histoire, et préférera toujours celle des autres. Il n’est surtout pas « raciste ou homophobe » car il a des amis pd et de de toutes origines sur son réseau social. Il est « multiple » et parfois « non genré » car c’est important «  de ne pas donner des étiquettes aux gens. » Il aime le sport sans violence, en le pratiquant sans risques et avec podomètre pour calculer ses performances d’homme tranquille. Il aime l’écologie, car il aime la nature, et prend l’avion trois fois par an pour aller la contempler hors de son propre chez lui. Il n’aime pas « l’autoritarisme », ou ce qui pourrait ressembler de près ou de loin au patriarcat. Il n’aime pas les méchants, car lui, c’est un gentil. Il aime l’authenticité du grain de café « Starbucks » qu’il déglutie cinq matins par semaine entre le bus et le métro. Il est le valet de la montre, et doit « prendre le temps » pour faire, sans pouvoir décider quand il fera. Il est à la dernière mode, car avoir les mollets saillants et épilés, c’est des plus chic.

Il a certaines « valeurs » auxquelles il tient, mais ne sera pas contre le fait de faire venir des clandestins sous-payés pour son commerce.

Il a certaines « valeurs » auxquelles il tient, mais ne sera pas contre le fait de faire venir des clandestins sous-payés pour son commerce. Il est « citoyen du monde », et ne connaît pas une page d’histoire de sa propre région. Il parle pas moins de quatre langues, sans en maîtriser véritablement une, du moment qu’il y a de l’anglais dedans. Il est « universaliste » et considère que sa seule subjectivité suffit à peser dans le débat, puisque que « tous les avis se valent ».Il remet en question les « dérives du capitalisme », mais soutient le fait faire venir des esclaves pas cher dans son pays. Il est hystérique sans le savoir, et ne supporte pas qu’on le mette face à ses propres contradictions. Il préfère l’émotion au raisonnement. Il ne sait pas pour qui voter lorsqu’on on lui en donne la possibilité, car au fond « la politique ne l’intéresse pas », alors il vote pour ce qui lui ressemble le plus. Il préfère les copies aux originaux, car les orignaux ne sont plus de son époque. Il est pour le « progrès », car le simple fait que demain soit autre chose qu’hier suffise à satisfaire sa perspective du temps linéaire. Il est pour la conservation de l’environnement et la préservation des espèces, mais considère que le « droit à l’enfant » médicalement assisté est un « progrès. » Il n’aime pas les armes, car elle peuvent tuer les autres, mais tient à ce que la démocratie soir appliquée partout, même à coups de bombes. Il est enfant de divorce, mais c’est bien, car ça permet « la fluidité au sein des familles. » Il considère que le monde est né avec lui, car « avant » il n’était pas là. Il est pleutre. Il est démocrate. Il est moderne. Il est prêt à mourir, il est déjà mort. C’est une petite part de nous tous. C’est cette faiblesse du monde actuel qui nous guette à chaque instant. C’est l’esprit du temps. C’est l’esprit bourgeois.

« Il est clair que cet être pusillanime, en quelque grande quantité qu’il existe, est incapable de se maintenir, qu’en raison de ses facultés il ne peut jouer dans le monde un autre rôle que celui d’un troupeau de brebis entre des loups errants. Néanmoins, nous voyons que, aux périodes de domination des natures puissantes, le bourgeois, bien qu’opprimé, ne reste jamais sur le carreau et parfois paraît même régir le monde. Comment est-ce possible ? Ni la quantité numérique du troupeau, ni la vertu, ni le sens commun, ni l’organisation ne seraient assez puissants pour le sauver de la mort. Aucune médecine au monde ne saurait garder en vie celui dont la force vitale, dès l’abord, est à ce point affaiblie. Cependant le bourgeoisisme existe, il est fort, il prospère. » Hermann Hesse, Le loup des steppes

Avant de vouloir « brûler les bourgeois », prenons-y garde, et commençons par brûler celui qui est en nous.

François-Xavier Consoli

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