Vous avez dit « bonnes résolutions » ?

Vous avez dit « bonnes résolutions » ?

Paris Vox (Tribunes) – Chaque semaine, en partenariat avec Radio Libertés, nous publions la retranscription écrite de la chronique d’actualité et d’analyse d’Arnaud De Robert. Aujourd’hui, il revient sur les fameuses « bonnes intentions » de début d’année.


Je suis sûr, je suis presque sûr que bon nombre d’entre vous ont pris de saines résolutions en cette nouvelle année. Quoi de plus normal après tout, à la bascule calendaire correspond la clôture d’un cycle et l’ouverture d’un nouveau. Et le moins que l’on puisse dire c’est que 2017 n’aura pas épargné l’Europe, n’aura pas épargné la France, et ne nous aura pas épargnés, nous qui luttons pour des temps meilleurs. Alors comme beaucoup d’autres, vous vous êtes sûrement dit : « cette année, il faut que j’apporte un soutien plus probant à la cause, il faut que j’aide les associations, la réinformation, tel ou tel mouvement. Cette année, il faut que je m’implique davantage, que je porte plus loin et plus haut nos idéaux, notre vision du monde. Cette année, je dois être plus présent que l’an dernier … bref, j’attaque cette année avec un esprit plus combatif, plus militant ».

Et tout cela est bien, très bien, magnifique même. Mais la portée de toutes ces bonnes actions, de toutes ces bonnes résolutions restera inexorablement limitée si par ailleurs nous continuons à participer activement à la continuité du Système. Car il y a tout de même un paradoxe absolument majeur à défendre des principes, lutter contre notre éradication pure et simple et dans le même temps contribuer par notre travail, par nos modes de consommation, par nos habitudes, par des formes insidieuses de soumission à la continuité d’un ordre que nous abhorrons. Et ce paradoxe, tant qu’il perdure, tant que nous le nourrissons, invalide, freine et contient toutes nos initiatives dans des normes somme toute acceptables par le Système. C’est un peu comme si, à notre corps défendant, nous faisions finalement semblant de lutter. Attention, je ne suis pas en train de jouer au boutefeu, la posture idiote de l’extrémiste reste définitivement stérile. Non, je rappelle ici la capacité fondamentale que doit conserver un homme libre : Celle, comme le disait le commandant Elie Denoix de Saint marc, de s’opposer, de résister, de dire « non ». Il s’agit ici finalement de répondre à la réalité de ce monde en faisant acte de vérité par le refus ontologique de participer à ce jeu oligarchique, à cette mascarade dont la fin sera notre fin. La partie est terminée, il faut tourner le dos au Système. Cette attitude, cette pratique de résistance se fonde sur une volonté sans faille. Et elle est animée par une foule de petits correctifs personnels et quotidiens destinés à matérialiser la rupture nécessaire à l’enraillement progressif de la machine. Est-ce que cela est difficile ? Bien entendu. C’est même bien plus dur que de se rallier à de grandes causes parce que cela exige de nous des efforts exceptionnels et que cela mobilise notre être contre notre égo, contre notre confort, contre notre éducation parfois, contre nombre de préjugés et nombre de jugements d’amis aussi. Oui c’est dur, mais c’est pourtant une exigence vitale. C’est à partir de cette désobéissance intérieure, de cette capacité à être à soi-même sa propre norme que la vraie résistance prend forme et s’organise. Cela ne signifie aucunement que les formes de luttes et de résistances classiques doivent cesser, non. Mais elles doivent être sous-tendues par cette volonté différenciée car cette dernière est le réel ciment de la lutte.

Voilà donc un bien beau et ambitieux programme pour 2018. Non pas un emballement mais une densification de la lutte, une densification de la conscience d’appartenir non pas à la fin d’un monde, mais au renouveau d’un autre. Voilà ce qui pourra constituer dans douze mois une bonne année, celle où l’on aura enfin modifié millimètre par millimètre nos paramètres vitaux pour les rendre cohérents avec les principes que nous défendons, pour les rendre incompatibles avec l’involution du monde, pour les rendre enfin capables de fonder le socle de nos victoires. Je vous souhaite donc une bonne année pleine d’offensive et de pugnacité, mais surtout une année de désobéissance résolue et d’autonomie conquérante. Bonne semaine.

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