“Couvrez ce sein, que je ne saurais voir”.

“Couvrez ce sein, que je ne saurais voir”.

Paris Vox- La récente mort d’un homme devant la salle de shoot parisienne fait réagir Jean Ernice. Nous vous proposons de lire sa tribune.


“Un homme agonise dans la rue pendant plusieurs heures avant de trouver la mort.”

On a lu la brève, il y a quelques jours, puis chacun est retourné à ses occupations.

C’est pourtant une véritable claque. Un homme est mort dans la rue en face d’un hôpital et de la salle de shoot, en plein Paris. Certains affirment que l’homme était toxicomane. D’emblée, l’association qui gère la salle consommation à moindre risque (la fameuse salle de shoot) s’empresse de signaler que l’homme n’était pas enregistré dans la base de données. Elle précise ensuite, plus timidement, que lorsqu’elle a assisté l’homme plusieurs heures auparavant, il ne  semblait pas allé trop mal.

Mais qu’un homme puisse mourir faute de soin dans une rue à quelques minutes de la gare du Nord, l’une des gares les plus fréquentées d’Europe et face à un hôpital, de quoi est-ce le signe ?

Les français admettent tout et surtout l’inadmissible. Ainsi, les priorités changent, qui aurait pensé il y a 4 ans que la menace terroriste serait devenue un axe majeur de préoccupation pour les français ?

On peut comprendre bien sûr que cela devienne une préoccupation cruciale. Mais un homme qui meurt et qui reste plusieurs heures dans la rue ne doit pas pour autant être rejeté dans la banalité.

L’anormalité devient normalité, la mort par overdose quasi légalisée.

Les gamins et riverains de la salle de shoot peuvent bien être choqués, les seringues continueront à fleurir dans les caniveaux.

On laisse mourir un homme à l’endroit même où on est censé aider les toxicomanes à survivre dans de meilleures conditions.

L’échec est patent, pourtant on refuse de l’admettre, et l’on va continuer dans cette voie, encore et encore. Persévérer dans l’erreur, qu’importe les conséquences humaines.

La salle de shoot DOIT être une réussite et c’est pour cela qu’elle sera à toute force perçue comme telle. La toxicomanie est une véritable maladie et un fléau social mais n’est traitée que par le petit bout de la lorgnette. On s’attaque aux conséquences en délaissant les causes, une grande habitude de l’époque.

La drogue tue et les coupables courent toujours. Les complices se rassurent en se disant que la salle va aider les toxicomanes. Mais ils savent éviter soigneusement ce quartier du nord parisien, Molière résumait ainsi cette hypocrisie latente :“Couvrez ce sein, que je ne saurais voir”.

 

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