Mensonges…

Mensonges…

Paris Vox a le plaisir de proposer à ses lecteurs une sélection des retranscriptions écrites des chroniques d’Arnaud de Robert, diffusées quotidiennement dans la matinale de Radio Libertés.


Affabulations, bobards, boniments, bourrages, calomnies, canulars, carottes, charlatanisme, comédie, contes, contrevérités, craques, dissimulations, escobarderies, fables, fabulations, fanfaronnades, farce, fard, fausseté, faux, feinte, fiction, flatteries, fourberies, frime, fumée, galéjades, gausse, hâbleries, hypocrisies, illusions, impostures, inventions, menterie, mirages, momeries, mystification, mythes, mythomanies, néant, postiches, rodomontades, roman, salades, simulacre, simulations, sournoiserie, tartuferies, tromperies, vanité, vanterie.

S’il fallait un mot définitif pour qualifier toute cette longue séquence électorale ce serait celui de mensonge. Le mensonge comme cause, comme moyen, comme but. Le mensonge vertical, horizontal, stratégique, personnel, collectif, pour autrui, à soi-même. Mensonge des hommes, des institutions, des partis, des syndicats, des médias, des lobbies, des puissants et des faibles. Mensonge comme mesure du temps, de l’espace, comme mode de vie, comme principe d’action. Le mensonge n’a pas d’ombre, il est l’ombre de sa propre lumière, il ne souffre pas la concurrence, il occupe tout le spectre jusqu’à devenir norme, normalité, finalité et fonction. Les mensonges pullulent, envahissent les cerveaux les cœurs et les âmes. Les mensonges se consomment, nous consument. Ils tordent les corps, neutralisent les forts, détruisent les purs. La totalité de notre espace social, la totalité des interactions humaines sont traversées par le mensonge. Et les périodes électorales sont les moments orgiaques de ce mensonge. Mensonge permanent des politiques, de Hollande sur son bilan, de Fillon sur les emplois de sa femme et ses enfants, de Mélenchon sur son patrimoine, de Valls sur ses origines, de Hamon sur l’immigration, de Poutou sur sa condition, de NKM sur son ambition, de Le Maire sur sa fidélité, de Marine Le Pen sur sa capacité, de Macron sur son humanité. Mensonges des médias sur le réel, sur les programmes, sur les idées. Mensonges de l’Etat sur l’immigration, l’économie, la finance, le chômage, la précarité, la ruralité. Mensonges de l’oligarchie sur sa finalité, sur sa violence réelle et symbolique, sur son amoralité et son obscénité. Mensonges faits au peuple sur les dangers de ce monde. Mensonges du fascisme sans fachos, mensonges sur le péril FN, mensonges sur l’intégration.

Mensonge indigeste du monde syndical qui appelle à voter Macron pour faire barrage alors qu’il y a un an, il appelait à faire barrage à Macron et ses lois.

Mensonge aussi des français sur eux-mêmes. Peuple parfois lucide mais servile qui préfère cacher sa motivation réelle à voter Macron derrière sa peur du Front plutôt que d’avouer qu’il vote pour préserver son pognon. Mensonge indigeste du monde syndical qui appelle à voter Macron pour faire barrage alors qu’il y a un an, il appelait à faire barrage à Macron et ses lois. Mensonge d’un peuple à lui-même qui connait et expérimente la violence d’un « vivre-ensemble » invasif et biologiquement mortel, mais préfère in fine se dandiner au son des tam-tams sur le parvis du Louvres, parce que c’est plus « correct ». Mensonges d’un parti censé incarner l’alternative nationale mais qui combine le pire du népotisme, de la coterie et de l’amateurisme. Un mensonge frontiste qui nourrit les illusions, massifie les amertumes, sclérose les talents et disperse les volontés. Mensonges enfin d’un président élu qui incarne le mensonge, qui est je crois le mensonge ultime, celui qui proclame la vérité et se dit vérité. Mensonge d’une ascension politique romanesque qui a en réalité tout à voir avec l’ingénierie sociale. Mensonge d’un renouveau qui est en fait un recyclage. Mensonge d’une volonté de réforme qui terminera en dictature de conformité. Parce que pour cette élite oligarchique la vérité est un venin, l’arme du mensonge est devenue systémique, comportementale. Mentir c’est séduire, dominer, convaincre, réduire, écraser, nuire, domestiquer, gagner enfin. Le mensonge organise le chaos, la transparence tue la vérité, la médiatisation remplace la sincérité, l’illusion évite l’autocritique.

Depuis des décennies nous savons que le mensonge professé par l’oligarchie fonde les masses, contamine les pensées et les actes. Pourtant, au lieu de lutter contre, nous construisons d’autres mensonges, reflets de nos fantasmes d’alternatives. Comme si nos mensonges, plus vrais selon nous allaient tuer ceux des puissants.

Je ne prétends à aucune vertu supérieure, je ne dispense aucun jugement hautain dans ses propos. Mais j’affirme que si nous ne fondons pas notre travail de reconquête sur une vérité organique, nous sommes condamnés à reproduire à l’infini des répliques de la présente société mortifère. Il est temps que la vérité devienne notre principe, notre axe de combat, résolument, sans fards ni utopie. Bon week-end.

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