La mort de la social-démocratie ?

La mort de la social-démocratie ?

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur revient sur la défaite de Manuel Valls aux primaires de la gauche.


La défaite de Manuel Valls, bien que prévisible depuis le premier tour, constitue sans nul doute le choc de ces primaires du PS. Mais ce que les journalistes ont peu ou pas noté, eux toujours si décevants en termes d’analyse politique, c’est que cette défaite sèche de l’ex-premier ministre est aussi celle de la social-démocratie en France. Certes, Manuel Valls doit d’abord à lui-même cet échec cuisant.

Cette défaite sèche de l’ex-premier ministre est aussi celle de la social-démocratie en France

Une série d’erreurs stratégiques l’a conduit à cette impasse. On peut en citer deux symboliques : la première est celle d’avoir visé 2022 en pensant qu’Hollande irait payer son quinquennat calamiteux en 2017. La seconde est de n’avoir pas démissionné lors de son désaveu par Hollande et une partie du PS sur le dossier hautement symbolique de la déchéance de nationalité soutenue par beaucoup de français toutes tendances confondues. Ces erreurs ont contribué à faire perdre à Valls ces deux atouts maitres. D’une part sa stature républicaine tendance Clémenceau et d’autre part, sa défense d’une social-démocratie moderne et réformiste. Valls a échoué dans la rénovation de son modèle social pour ne l’avoir pas assez défendu, et lors de la primaire, pour s’être perdu dans un compromis de lui-même avec une gauche idéologique qui pourtant lui était hostile. Avec sa défaite donc sort, pour un moment au moins, le projet social-démocrate à la française. On pensait bien pourtant en 2013 lorsque Hollande se déclarait lui-même social-démocrate qui la transformation était sur les rails. C’était sans compter avec un quinquennat d’indécision, de renoncement, de mollesse, un quinquennat absurde qui a perdu les plus obstinés des gens de gauche.
Et l’erreur grossière de la soi-disant grande presse est de reporter le credo social-démocrate chez Macron. Erreur que vont aussi commettre en le rejoignant bon nombre de ceux qui au PS se réclame de ce credo. 
Car Macron a pris une option très différente et fort éloignée, celle d’une synthèse libéralo-multiculturaliste à tendance messianique.

Macron a pris une option très différente et fort éloignée, celle d’une synthèse libéralo-multiculturaliste à tendance messianique.

 Et ce n’est pas le néo-gauchisme vaguement patriote de Mélenchon qui va s’emparer du modèle social-démocratique. Ce ne sera pas non plus le multiculturalisme islamo-gauchisant mâtiné d’assistanat de Hamon qui portera ce projet. Car en fait personne n’en veut, pas même Hamon qui va s’empresser de recomposer un Parti socialiste sauce PSU-couscous. La recomposition de la gauche n’est donc plus un sujet d’actualité, elle n’a tout simplement plus aucun intérêt, elle est dépassé. L’éjection de l’option social-démocrate dès les primaires laisse ainsi le champ libre à une opposition nouvelle entre libéraux et souverainistes. Dans cet affrontement, c’est la synthèse de Macron qui parait la plus en pointe, représentant le Zeigeist comme disent les allemands, l’esprit du temps chez en tout cas chez les élites. Ni de gauche, ni de droite, il est ailleurs dans une nouvelle formulation du monde et cet ailleurs séduit parce qu’il sort des clivages gauche-droite. L’apport possible de nombreux sociaux-démocrates venant du PS serait à ce titre plus un handicap pour Macron car son équilibre et son succès tiennent à son hybridation gauche-droite. En face, le souverainisme populiste se partage entre Mélenchon et Marine Le Pen. Pour Mélenchon la tâche sera rude. Faire du populisme sans tenir les frontières n’a pas fonctionné pour Syrisa en Grèce et ne devrait pas aider l’homme de la seconde gauche. Or l’enjeu se polarisera une fois de plus sur l’immigration et l’identité nationale ce dont profitera indéniablement madame Le Pen si toutefois sa campagne se réveille un peu. Voilà donc le paradoxe de ce début d’année : La mort du projet social-démocrate est aussi celle de la droite et de la gauche comme pôles d’ancrages politiques. La présidentielle de 2017 pourrait faire émerger une nouvelle bipolarité fondée sur l’opposition entre la frontière et la globalisation. C’est l’opposition ultime, le gagnant redéfinissant la France pour longtemps. Il va falloir choisir ! Bonne journée !

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