Expo : Hergé au Grand Palais

Expo : Hergé au Grand Palais

Paris Vox – Jusqu’au 15 janvier prochain, le Grand Palais met Hergé à l’honneur. 33 ans après la mort du dessinateur belge cette exposition qui promet de lever le voile sur Georges Rémi est une excellente initiative. En effet, Tintin, avec ses aventures exaltantes aux quatre coins de l’univers – des soviets à la Lune – qui passionnent depuis 1929 tous les lecteurs de 7 à 77 ans, a réussi à éclipser son propre créateur. Hergé, même pour un tintinophile, est tout à la fois illustre et inconnu.


Pour l’anecdote, l’organisation chaotique du Grand Palais, avec ses files d’attente interminables et indifférenciées brassant tous les horaires de réservation, permet au visiteur impatient de profiter des talents d’un musicien édenté qui entre deux approximatives prestations clame à qui veut l’entendre qu’il a joué pour Frédéric Mitterrand et Bachar el-Assad au même endroit en 2010, « avant que la France ne retourne sa veste ».

Les portes du musée enfin franchies, le parti-pris de l’exposition apparaît plus clairement : au-delà de la bande-dessinée, Hergé était un artiste total, et c’est sous cet angle que sera explorée sa personnalité au fil des dix salles qui lui sont consacrées. A chaque pas, le visiteur pénètre plus avant dans l’univers kaléidoscopique de cet homme prolifique.

Outre l’omniprésent Tintin (le reporter sans frontières du Petit Vingtième qui poursuivit une longue et brillante carrière solo de 24 albums), Hergé donna également vie aux personnages moins connus de Quick & Flupke (toujours dans le Petit Vingtième, mais les deux facétieux héros ne survivront malheureusement pas à la disparition du journal en 1940) et de Jo, Zette et Jocko (dans Cœurs Vaillants, hebdomadaire catholique). Et ce sont des dizaines de planches originales, crayonnées ou encrées, colorisées ou non, qui sont remarquablement mises en valeur tout au long de l’exposition.

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Planche originale des Aventures de Jo, Zette et Jocko

Le « Manitoba » ne répond plus

Non content d’exceller en dessin, du portrait à la mise en scène en passant par le lettrage, Hergé s’est également essayé avec brio à la peinture abstraite, et quelques-unes de ses toiles sont présentées au milieu des œuvres de sa collection personnelle d’art contemporain.

Autre facette majeure de son œuvre, l’art de la réclame fait l’objet d’une salle complète, décorée de nombreuses et riches affiches publicitaires émanant de « l’atelier Hergé ».

Le visiteur curieux et averti pourra cependant déplorer que l’exposition ne s’aventure que très peu sur la vie d’Hergé au-delà de son œuvre. De l’homme, on n’apprendra quasiment rien. La progression dans l’exposition est thématique, la chronologie est abolie, et conséquemment les repères historiques et politiques sont réduits au strict minimum. Hergé est présenté comme un « homme de son temps », sans plus d’éclaircissements ni de mise en perspective quant à son engagement dans la guerre, ou encore quant à sa collaboration au très germanophile journal Le Soir.

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Illustration parue dans le Petit Vingtième quelques jours avant que le journal ne cesse de paraitre suite à l’offensive allemande contre la Belgique.

De la même façon, les attachements d’une vie sont réduits à l’amitié avec Tchang Tchoug-Jen (toute une salle au nom sans équivoque, « La leçon de l’Orient », y est consacrée), et à quelques photos des épouses successives.

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Traduction d’idéogrammes chinois issus du « Lotus Bleu »

Hergé, ainsi présenté au travers de ses créations foisonnantes, mais épuré, coupé de sa part d’ombre et de ses fréquentations sulfureuses, n’apparaît finalement guère plus humain qu’un personnage de bande-dessinée.

Exposition Hergé au Grand Palais

Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 20h et en nocturne jusqu’à 22h le mercredi

Tarif normal : 13€, réduit : 9€.