Les dérives libérales d’un mode de vie sain : quand les entreprises achètent votre santé

Les dérives libérales d’un mode de vie sain : quand les entreprises achètent votre santé

Paris Vox (Tribunes) – J’ai lu récemment un article de France TV Info, qui m’a particulièrement choqué “Mangez bio, faites du sport : quand les assureurs proposent des contrats en fonction de l’hygiène de vie”.


 

Gagner des points ou des cadeaux grâce à votre mode de vie, c’est ce que proposent certains assureurs en Allemagne depuis le 1er juillet. Ce système est censé débarquer bientôt en France…

Alors bien sûr, oui à un corps sain, (et un esprit sain d’ailleurs), oui à un mode de vie sain, oui au sport, oui au bio, ou du moins aux aliments sains et locaux. Mais tous ces oui devraient être des droits non pas des devoirs ! La vie n’est pas une somme de performances, il est hors de question que tout se transforme en paramètres que les technocrates contrôlent.

Aujourd’hui, nous sommes en pleine dictature de la santé : pour signer certains contrats par exemple, il faut se justifier sur tout et même sur des points très intrusifs de notre vie et de notre santé. Quel poids faites-vous ? fumez-vous ? buvez-vous ?

C’est la dictature de la santé des entreprises sur leurs employés. Vous l’avez compris, pour être embauché, pour rester dans le moule, mangez bien, fumez moins, faites du sport et… travaillez plus surtout !

Le bien-être devient une injonction morale, à tel point qu’il devient le syndrome du bien-être. Tous ceux qui n’atteignent pas ce niveau, parfois symptomatique, de bien-être, sont soupçonnés de manquer d’hygiène, d’être paresseux, voire incapables de se prendre en main.

« Surveiller sa vie comme s’il s’agissait d’une véritable entreprise correspond en tous points de vue à la mentalité de l’agent idéal du néolibéralisme. » nous disent deux universitaires anglais (André Spicer et Carl Cederström) qui ont co- écrit un essai, “Le Syndrome du bien-être”.

Que vous soyez « bien » et que vous consommiez donc davantage, par tous les moyens, c’est le but absolu pour les maîtres de ce monde. Après tout, pour eux, la terre n’est qu’un vaste marché… Et nous faisons désormais partie de ce qui s’achète !

Aux Etats-Unis, une douzaine d’universités font désormais signer à leurs étudiants des « contrats de bien-être », dans lesquels ils s’engagent à avoir une hygiène de vie impeccable. Le syndicat des enseignants de Chicago soumet ses membres à un suivi personnalisé les contraignant à surveiller leur cholestérol et à pratiquer une activité sportive, sans quoi ils doivent payer une amende de 600 dollars… Ces exemples peuvent paraître de l’ordre de la science-fiction mais ils sont malheureusement bien réels.

Seulement, prendre soin de soi, on le fait avant tout pour soi-même et certainement pas pour augmenter son rendement au travail… Halte aux délires libéraux et libertaires, revenons à un mode de vie plus libre, plus simple, plus sain et plus… naturel !

Floriane Jeanin