La prostitution pour tous

La prostitution pour tous

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui : la prostitution 2.0, où le sexe tarifé low-cost à la portée de toutes les bourses.


 

En cette fin de semaine, j’avais envie de me pencher sur des choses assez légères pour couper un peu avec les pesanteurs de l’actualité. J’ai donc gratté les rubriques insolites et je suis tombé sur « Ohlala ». Au début on sourit en apprenant que « Ohlala » n’est ni plus ni moins que la première application smartphone de rencontres sexuelles tarifées. Pathétique mais peu surprenant.
Lancée sur la seule ville de Berlin pour le moment, cette application permettra selon ses inventeurs de « de laisser le choix aux femmes de monnayer leurs charmes tout en éliminant les intermédiaires potentiels (comprenez les maquereaux), les obligations d’agenda et tous les autres risques et contraintes avec lesquels une escort doit compter ». Ainsi, professionnelles de la chose ou simples amatrices désirant arrondir leur fin de mois pourront par ce biais entrer en contact direct avec le client, le paiement se faisant par l’application elle-même.
Une sorte d’Uber de la prostitution en somme.

Une sorte d’Uber de la prostitution en somme.

Uber, vous savez c’est cette entreprise de voitures avec chauffeurs qui a déchainé les foudres des taxis du monde entier pour cause de concurrence déloyale. Et bien les pratiques de cette entreprise ont fini par faire naitre un néologisme, la uberisation. Et la ubérisation symbolise depuis une dizaine d’année l’imposition d’un nouveau modèle économique reposant sur l’utilisation de services qui permettent aux professionnels et aux clients d’entrer en relation directe et quasi instantanée. Avec « Ohlala » on est en plein dedans si j’ose dire … Personne ou presque ne trouve à y redire. Présentée par Google, Facebook, Amazon et la sillicon Valley comme LA solution à tous les tracas de nos activités quotidiennes, la ubérisation est plutôt bien vue.
La refuser vous fait passer pour un ringard. Pensez donc, le covoiturage, la garde d’enfants, les vacances, les déménagements … tout se trouve sur des applis, tout semble plus simple et plus rapide. Or ce modèle est au minimum contestable sur le plan économique comme sur les plans moraux et philosophiques.
D’abord parce que l’origine de cette économie Uber est à trouver dans la crise financière mondiale, celle qui a laminé non pas les banques mais les salaires et le secteur public, ultime rempart contre les offensives ultralibérales. Comment ne pas comprendre que l’essor des cours en ligne sur internet résulte directement des tentatives désespérées des universités pour trouver l’argent qui leur manque ? Comment ne pas comprendre que Blablacar (dont je ne critique pas l’utilité finale) n’a pu émerger que parce que les gens n’ont plus les moyens de prendre l’avion, le train ou même l’autobus ? Comment ne pas imaginer que l’application Ohlala finira par être utilisée par des étudiantes pauvres et affamées ? La uberisation est bien à ce titre une insulte que l’oligarchie fait aux pauvres après les avoir mis sur la paille.

L’origine de cette économie Uber est à trouver dans la crise financière mondiale, celle qui a laminé non pas les banques mais les salaires et le secteur public, ultime rempart contre les offensives ultralibérales

Et puis, derrière ces applications vous transformant en déménageurs, taxis, mécaniciens ou plombiers amateurs il y a des professionnels, des artisans qui eux comptent déjà leur manque à gagner croissant.
La uberisation c’est donc à la fois une attaque contre les PME, les professionnels, et le dernier assaut contre la notion de service public. Il faut une sacrée dose de cynisme aux responsables de la pire crise financière de l’Histoire, des très lourdes coupes budgétaires, des politiques d’austérité mortifères pour oser vendre avec le sourire des solutions au rabais à des problèmes que l’on a créé.
Car sans la crise, pas de Uber, tout simplement parce qu’avec un salaire décent, on prend le train et on fait venir un plombier. La ubérisation est donc un solutionnisme discount et béat présenté comme un remède miracle, participatif, récréatif et rémunérateur. Et doucement en économie de pénurie, s’installe l’idée du double job, de la pluriactivité individuelle. En gros on fait coopérer les gens à leur propre paupérisation.
Travailler plus pour tenter de perdre moins mais avec le stress, l’effacement de la limite entre vie professionnelle et vie personnelle, l’enfermement dans la précarité, la difficulté d’accès aux prêts et au logement pour les contrats courts et les indépendants, le déplacement du partage du risque économique, la moindre opportunité d’accès à la formation, la perte de ressources pour les assurances sociales, la difficulté d’application de la législation du travail.
Un sacré progrès, vous ne croyez pas ? Capitalisme uber alles !

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Une fin du monde sans importance