Fermeture de la librairie l’Age d’Homme

Fermeture de la librairie l’Age d’Homme

Paris Vox –C’est un nouveau petit pan de l’histoire de la librairie et de l’édition parisiennes qui vient de disparaître. Située rue Férou, petite artère cachée aux abords de Saint-Sulpice, fondée par le grand éditeur serbe Vladimir Dimitrijevic, la librairie l’Age d’Homme était l’un des hauts lieux parisiens où régnaient talent et non-conformisme. Elle distribuait les ouvrages des éditions du même nom.
D’abord connue pour sa diffusion d’auteurs slaves grâce à la collection « Classiques slaves », l’Age d’Homme diversifie sa ligne éditoriale avec le temps, publiant des revues, des travaux universitaires, des ouvrages de fiction et plusieurs auteurs suisses dont Henri-Frédéric Amiel, Étienne Barilier, Gaston Cherpillod, Charles-Albert Cingria, Georges Haldas, Charles-Ferdinand Ramuz, Léon Savary ou français dont Pierre Gripari, Alain Paucard, Paul-Gilbert Langevin ou Jean-Luc Caron. Des années 1960 à 1980, L’Age d’Homme était l’un des principaux éditeurs francophones d’écrivains dissidents soviétiques, avec des auteurs comme Alexandre Zinoviev. Durant les guerres civiles en Yougoslavie, la maison d’édition publie plusieurs ouvrages soutenant la Serbie.
La maison d’édition s’est également engagée dans la défense de poètes tels que Lucien Noullez, Ferenc Rákóczy, Monique Laederach ou Pierrette Micheloud. En 2011, la maison d’édition comptait environ 4 500 titres à son actif.
Archibald Ney, de la revue littéraire Raskar Kapac, rend hommage à ce lieu si particulier :
« Humeur vagabonde…
La librairie de L’Age d’homme vient de fermer ses portes. Située dans une petite rue cachée du sixième arrondissement, c’était un lieu où l’on pouvait à toute heure venir feuilleter pêle-mêle Dostoïevski, Bounine, Chestov, Eugenio Corti, les écrivains serbes et les penseurs orthodoxes. Où l’on pouvait aussi écouter les habitués de la rue Férou discourir sur leurs voyages au Mont Athos ou se livrer à des controverses théologiques sans fin. Bien loin des supermarchés de la culture, sans âme aucune, dans lesquels nous sommes réduits d’aller faire nos emplettes aujourd’hui. En ressortant de cette caverne d’Ali Baba, on ne pouvait s’empêcher de réciter tout haut les vers du Bateau Ivre de Rimbaud, majestueusement gravés sur le mur d’en face. La balade se finissait invariablement au jardin du Luxembourg, où, assis sur un banc, l’on commençait à lire ses trouvailles. Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers de gusses s’ébattent dans les rues pour manifester –contre on ne sait pas trop quoi. Et personne dehors pour protester contre cette disparition précoce. Une grande librairie qui s’en va, des millions de mondes qui s’effondrent. »

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