Gabin vous attend !

Gabin vous attend !

Paris Vox – La Cinémathèque française (51, rue de Bercy dans le 12ème arrondissement de Paris) a pris l’excellente initiative d’une rétrospective Jean Gabin du 16 mars au 30 mai. Du Clan des Siciliens à Pépé le Moko en passant par Un singe en hiver, voici une occasion rare de (re)voir sur grand écran les films dans lesquels a tourné celui qui est considéré par beaucoup comme étant l’incarnation même du cinéma français.

Au-delà de l’expérience exceptionnelle que constitue la vision de telles œuvres sur grand écran et en public dans des versions soigneusement restaurées, il faut absolument s’y rendre pour constater l’évolution vertigineuse de la société au cours des 50 dernières années. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de tomber dans un absurde « c’était mieux avant » mais plutôt de réaliser que contrairement à ce qui est rabâché sur toutes les ondes à longueur de journée, la France en générale et Paris en particulier dans laquelle les générations précédentes ont vécu n’avaient rien de « multiculturalistes ». On peut d’ailleurs se demander si l’enrichissement promis a réellement eu lieu grâce à l’apport de nouveaux français aux coutumes si délicieusement exotiques mais peu adaptées à nos traditions telles que portées à l’écran.

Ces films sont aussi des rappels qu’à une époque pas si éloignée, la virilité n’était ni considérée comme un signe évident d’homosexualité refoulée, ni  comme une tare sociale phallocrato-virilisto-paternaliste contre laquelle il faut lutter pour assurer des jours meilleurs à tous les petits français. Il est d’ailleurs amusant de prêter attention aux réactions de la salle face à certains comportements représentés. Le public étant essentiellement composé de ce qui parait, à vue de nez, être des étudiants en psycho-socio et des profs à la retraite, il glousse, mal à l’aise, à certaines répliques d’un temps qu’ils voudraient oublier. Ils sont dans la position de l’héritier qui voudrait jouir de son patrimoine sans vouloir savoir d’où il est issu.

Au passage, on ne peut que regretter que cette rétrospective ne semble pas attirer plus de jeunes patriotes qui y trouveraient de quoi se cultiver tout en se réappropriant l’héritage du cinéma français. Ce n’est pas passéiste de préférer la Grande illusion à Transformers. C’est avoir du goût et le goût ça se forme entre autre en faisant l’effort de se rendre à Bercy à la cinémathèque française pour passer un peu de temps en compagnie des réalisateurs et acteurs français les plus marquants du siècle dernier. En tout cas, ça fait plus de bien à la tête et à l’âme qu’une énième rediffusion d’un film contemporains dans lequel le mari, la femme et l’amant se tournent autour en s’arrêtant à intervalles réguliers pour lire Libé et se morfondre sur leur sort.

Kléber Chinaski

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