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Père Fouettard…

Père Fouettard…

Paris Vox – Dorénavant, Paris Vox publiera régulièrement la retranscription écrite de la chronique de commentaire d’actualité d’Arnaud de Robert diffusée dans la Matinale de Radio Libertés. Aujourd’hui, notre chroniqueur se penche sur l’Union Européenne et ses méthodes de coercition, notamment à destination de la pauvre Grèce…


Je n’aime pas Alexis Tsipras. Son profil de gauchiste en costume m’énerve. Sa fausse opposition à Bruxelles puis son alignement benoit sont décevants. Sa probable trajectoire à la Barroso – de la révolution au pognon – me fatigue à l’avance. Je n’aime pas Alexis Tsipras mais pourtant ce matin j’ai presque de la sympathie pour lui.

Oui, de la sympathie pour sa candeur idéologique qui lui a fait croire un instant qu’il pouvait décider, gouverner en homme d’Etat. Le premier ministre grec a en effet voulu joué au père Noël. Il a voulu accorder un petit coup de pouce économique à son pays. Il a annoncé son intention de rétablir exceptionnellement une « prime » de Noël pour les retraités les plus modestes, les plus pauvres sous la forme d’une 13ème mensualité de pension de retraite. Il a également souhaité vouloir suspendre l’augmentation de la TVA, le temps que dure la crise, pour des habitants des iles égéennes très touchés par l’invasion migratoire massive, invasion qui a détruit les maigres ressources issues du tourisme.

Le fonds d’aide financière de la zone euro a, en effet, décidé de suspendre un plan d’allègement de la dette grecque que l’eurozone venait tout juste d’adopter.

Mais il avait oublié le père Fouettard. Hier, Bruxelles lui a rappelé qu’il n’avait pas les moyens de distribuer des cadeaux à ses concitoyens. Le fonds d’aide financière de la zone euro a, en effet, décidé de suspendre un plan d’allègement de la dette grecque que l’eurozone venait tout juste d’adopter.

« Les actions du gouvernement grec ne sont pas en ligne avec nos accords selon certains États membres“, a fait savoir Bruxelles. Le coup est dur pour la Grèce dont la dette atteint environ 180 % du PIB. Les mesures d’allègement de la dette grecque, adoptées début décembre, prévoyaient de ne pas déclencher la hausse automatique en 2017 des taux d’intérêt sur les prêts contractés par la Grèce et aussi l’allongement des délais de remboursement. C’était la première fois que l’Union européenne décidait, de son propre chef, de récompenser Athènes pour ses « efforts budgétaires » (entendez par là un ratissage mortifère des moindres euros disponibles sur le sol grec).

La suspension a bien évidemment été demandé par l’Allemagne, premier créancier de l’Etat grec. “Le programme d’aide à la Grèce ne peut être un succès que si tous les participants se tiennent à l’accord“, a déclaré Wolfgang Schäuble, le puissant ministre des Finances allemand. “Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatérale ou annulées sans préavis”, a-t-il ajouté. Certes monsieur Tsipras est coutumier des coups de poker. Certes, on ne peut raisonnablement écarter le calcul une basse tentative de séduction de son électorat déçu. Mais tout de même, la violence de la réaction de Bruxelles, qui apparait de plus en plus comme le paravent troué du gouvernement allemand, cette réaction est symbolique de ce que cette Union Européenne a d’inhumain, de froid, de crument capitaliste.

Point de sentiment pour nos oligarques repus. Il faut payer, presser le contribuable, obéir et se taire

Augmenter un peu les maigres retraites des grecs (les plus pauvres ne touchent que 400 Euros par mois) et lever la pression fiscale chez ceux des grecs qui encaissent la plus grande pression migratoire de l’histoire de l’Europe, ça n’est pas le bout du monde. Deux mesures humanistes au bon sens du terme à l’approche des fêtes cela se comprend et aurait pu être entendu. Mais dans le froid rigorisme du club des ex de chez Goldman-Sachs, un sou est un sou. Point de sentiment pour nos oligarques repus. Il faut payer, presser le contribuable, obéir et se taire. Oui, cette réaction est très symbolique du rêve d’une union continentale qui s’évanouit dans les vapeurs chaudes des coffres-forts bien garnis. Qu’importe l’invasion pourvu que l’on paie ! Et le secours verbal maladroit d’un Moscovici – ministre de l’économie et des finances nullissime et commissaire européen aux affaires économiques transparent et servile – ne changera pas grand-chose. Moscovici, tiens encore un qui a commencé à la LCR pour finir grand serviteur de l’argent bruxellois.

Voilà donc le vrai visage de cette union européenne, tout l’inverse des principes qui ont irrigué l’Europe pendant des siècles. Tout est à refaire, il faut chasser les banquiers et rassembler les peuples. On rêve du jour ou le groupe de Višegrad prendra la main. Bonne journée !