Paris dans la littérature

Paris dans la littérature

Paris Vox – En partenariat avec la revue littéraire non conforme Livr’arbitres, retrouvez désormais régulièrement sur Paris Vox une sélection d’extraits de textes littéraires évoquant Paris et l’Ile de France, leur histoire, leurs habitants, leurs rues et leurs monuments…. Aujourd’hui, Benoit Duteurtre et Charles Ficat.


Benoit Duteurtre, Service clientèle, 2003 : Longtemps réservé aux conciliabules entre amis, l’ancien « bar américain » ressemble plutôt, depuis la rénovation de la brasserie, à un sas de compression touristique. On y fait patienter la clientèle devant des cocktails sucrés, avant de la diriger vers les tables du restaurant, mais on n’aime pas qu’un client s’y incruste trop longtemps. Comme je soufflais des bouffées de cigarette, le barman fit entendre des toussotements. Un groupe de commerciaux toulousains en séminaire de merchandising admirait les piliers peints et les lustres cubistes de ce temple parisien des années vingt – entièrement démoli quelques années plus tôt. Les architectes avaient reconstitué, sur les lieux mêmes, une réplique assez fidèle de l’ancienne Coupole. Un louable compromis immobilier sauvait le pittoresque parisien, au rez-de-chaussée d’un ensemble de bureaux.

Charles Ficat, Stations, 2002 : Ces sorties avaient toujours une même destination : les vieux libraires, les bouquinistes. Là il se sentait plus à l’aise qu’en salle de classe. Il se rappelait l’aveu d’un illustre ancien, Anatole France, dont l’œuvre et la personnalité heurtaient ses goûts, mais devant lequel il fallait bien s’incliner. S’adressant aux bouquinistes, Anatole exprimait sa reconnaissance ainsi : « C’est en furetant dans vos boîtes, c’est en contemplant vos poudreux étalages, chargés des pauvres reliques de nos pères et de leurs belles pensées, que je me pénétrai insensiblement de la plus saine philosophie. » Il adhérait de tout son cœur à ces mots. Lui aussi avait sans cesse arpenté les rives de la Seine. Les bouquinistes des quais jouaient un rôle capital dans sa vie. Ils œuvraient aussi à son éducation intellectuelle. Il les tenait pour de grands érudits et d’ardents défenseurs de la civilisation.

 

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