Tour de tables (5) : Le Wepler

Tour de tables (5) : Le Wepler

Paris Vox – Le Wepler, comme un trait d’union entre quatre arrondissements parisiens très différents – de l’inaccessible 8ème au populaire 18ème – trône en bordure de la place de Clichy depuis plus de deux siècles maintenant.


 

Aux origines, en 1810, alors que ce quartier situé derrière la barrière d’octroi de Clichy était encore un « no man’s land » de hautes herbes où galopaient les lièvres, il ne s’agissait que d’une taverne quelconque tenue par un limonadier alsacien tout aussi quelconque dont on ignore pratiquement tout si ce n’est qu’il se nommait Wepler.

Les bistrots, ainsi que de nombreux autres établissements de loisirs, fleurissent alors aux abords de la capitale, échappant aux droits d’octroi sur l’alcool et attirant de facto bon nombre de parisiens en goguette et toujours passablement deshydratés.

C’est ainsi que, rapidement, le lieu devient à la mode. Fort de son succès, le Wepler déménage dans un immeuble flambant neuf de cinq étages (celui qu’il occupe toujours actuellement), idéalement placé dans le prolongement prometteur de l’axe Pigalle-Blanche, s’apprêtant à devenir un symbole de la vie parisienne bohème et dissolue. En plus de la brasserie (déjà renommée depuis longtemps pour ses plateaux de fruits de mer, et qui faisait également office de bureau de placement pour les écaillers), le Wepler s’agrandit, évolue pour intégrer un grill, une salle de billard, un bar lounge avant l’heure, et un dancing fréquenté assidument aussi bien par les jeunes filles légères que par les prostituées professionnelles.

Cette ambiance piquante ne manque évidemment pas d’attirer les artistes qui hantent alors les nombreux ateliers des environs, d’illustres inconnus restés anonymes à Toulouse-Lautrec, Picasso, ou encore Modigliani.

Côté littérature, le Wepler est sans aucun doute le point de départ choisi par Céline pour son Voyage au bout de la nuit. Et un peu plus tard, l’établissement servira de terrain de jeu à l’érotisme débridé de Henry Miller, qui scandalisera ses compatriotes avec le récit de ses aventures parisiennes, publié sous le titre judicieux de « Jours tranquilles à Clichy »

Sous l’Occupation, au moment de la Seconde Guerre, sans doute précédée par sa réputation quelque peu sulfureuse, la brasserie fut occupée par la Wehrmacht qui en fit bon usage et la transforma en un « foyer de soldats ».

Et après la Libération, les temps ont malheureusement définitivement changé, la place de Clichy et Montmartre sont délaissés par les artistes et les écrivains au profit des quartiers plus à la mode de Montparnasse et de Saint-Germain. A tel point qu’au détour des années 50, les propriétaires doivent se « recentrer sur leur cœur de métier » comme leur auraient dit des consultants en stratégie d’aujourd’hui  : ils décident d’abandonner le grill, le billard, et le dancing pour ne conserver que la partie restaurant.

Quelques années plus tard, le Wepler est remis brièvement en avant par les jeunes cinéastes « Nouvelle Vague » du quartier  : François Truffaut et Bertrand Blier y tournèrent respectivement quelques scènes des 400 Coups et de Préparez vos mouchoirs.

En 1976, un nouveau tournant dans l’histoire de la brasserie  : Charles Bessières, un aveyronnais, rachète le fonds de commerce et entreprend d’énormes travaux de rénovation, et la réfection de toute la décoration intérieure. Le Wepler prend alors la forme qu’on lui connaît encore aujourd’hui.

Avec son plateau de fruits de mer qui fait s’esbaudir tous les touristes et ses incontournables spécialités charcutières (pied de cochon, jambonneau, andouillette), le Wepler demeure une adresse incontournable et authentique de la rive droite.

Le Wepler

14 Place de Clichy

75018 Paris

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