Cinéma : « Saint amour », la caisse à moitié pleine…

Cinéma : « Saint amour », la caisse à moitié pleine…

Paris Vox – Saint-Amour est un film difficile à classer. Tout d’abord, ses réalisateurs, Kervern et Délépine, sont présentés partout comme des pirates du PAF alors qu’ils vont à la gamelle de Canal + depuis aussi loin que nos souvenirs peuvent remonter. Le film lui-même semble avoir été produit avec des bouts de ficelles alors qu’il a à l’affiche certains des plus grands noms du cinéma franco-belge (Depardieu, Poelvoorde, Ovidie). De prime abord, on arrive donc dans la salle de cinéma non sans idées préconçues, mais sans doute avec trop de celles-ci et des contradictoires en plus. Il en ira de même pendant toute la projection. Le film s’ouvre sur une vue du salon de l’agriculture, salon qui est une ferme géante en papier mâché pour parisiens en manque de nature, et une exposition de ce que la France fait de mieux et de meilleur en matière de production agricole – et surtout vinicole pour ce qui est de ce film. Nous y suivons Poelvoorde lancé avec obstination dans une biture express au titre que « c’est sa seule semaine de vacances de l’année ». Depardieu, qui joue son père essaiera d’insuffler un peu de vie dans la loque alcoolique que son fils est en train de devenir en lui organisant un voyage sur la route de tous les vignobles de France à bord du taxi d’un chauffeur mythomane. En cours de route, ils rencontreront une jeune femme très inquiète pour la dette du pays, un gérant de chambre d’hôte surprenant, une trentenaire qui veut un enfant à tout prix (ce qui donne une scène finale dont on parle étonnamment peu dans les médias) et bien d’autres. Une « France d’en bas » et blanche (« ethno-centrée » comme dirait un critique de Libé) avec des préoccupations bien concrètes allant bien au-delà de ce que nous proposent nos élites. Voilà pour l’histoire qui commence et se termine à Paris où se déroule notamment une course poursuite équine qui permet de voir la ville sous un jour assez plaisant. Kervern et Délépine filment ce qu’on pourrait un peu vite qualifier de laideur en la rendant attendrissante. Ils surprennent souvent le spectateur, le font rire et pleurer. Le meilleur exemple de cette habilité est l’explication des 10 stades de la cuite par Poelvoorde où l’on passe du comique au franchement tragique en traversant le sordide le plus odieux. On sort donc de ce film avec une impression mitigée, celle d’avoir passé un excellent moment tout en gardant le goût âcre de la défaite dans la bouche. L’impression d’avoir oublié et d’avoir abandonné ceux qui nous nourrissent aux mains du monstre froid européen, qui après les avoir fonctionnarisés a décidé de les mettre en concurrence avec des étrangers contre lesquels ils ne peuvent pas lutter.

Kléber Chinaski.

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