« Une fin du monde sans importance. tome II » : entrevue avec Xavier Eman

« Une fin du monde sans importance. tome II » : entrevue avec Xavier Eman

Paris Vox – (via Revue Eléments) – Notre chroniqueur Xavier Eman publie le deuxième volume de ses chroniques à Éléments, Une fin du monde sans importance aux éditions de la Nouvelle Librairie. Olivier Maulin, son préfacier, le dépeint en sniper, « assis sur son rocher de Sisyphe  : Tiens, un crétin qui poursuit un Pokémon Go, pan  ! Oh, un végan qui s’attaque à une boucherie familiale, pan, pan  ! » Une pure merveille  ! Rendez-vous à la Nouvelle Librairie le jeudi 28 novembre, à partir de 18 h.

ÉLÉMENTS  : Qu’est-ce qui vous écœure le plus aujourd’hui, vous donne des poussées d’urticaire et des pulsions homicides  ?
XAVIER EMAN. La liste est longue… Mais au premier rang, je mettrais quand même la lobotomisation programmée de mon peuple, la fameuse « fabrique du crétin ». À grands coups de Cyril Hanouna, de télé-réalité, de jeux vidéo, de bradage du Bac, de suppression de la notation, de publicité et de cinéma de propagande, on crée une situation d’abrutissement qui me paraît difficilement réversible. Aujourd’hui, entendre des lycéens ou des étudiants parler entre eux est une véritable souffrance. La vulgarité associée à la bêtise satisfaite triomphe partout. C’est pourquoi je mettrais bien plus volontiers en prison les producteurs des « Ch’tis à Mykonos » que les voleurs de mobylettes…

L’hystérie «féministe» n’est pas mal non plus… Les demi-mondaines qui jouent soudain les vierges effarouchées et les prix de vertu, les harpies glapissantes partant en guerre contre un « patriarcat occidental » mort et enterré depuis des années, mais défilant joyeusement en compagnie des barbus les plus rétrogrades… Il y a là aussi une belle matière à exaspération quotidienne…

ÉLÉMENTS  : Que deviendrez-vous sans votre matériau littéraire, le bobo, le CSP+, de droite, de gauche, de nulle part  ? Un orphelin littéraire  ?
XAVIER EMAN. Un homme apaisé et bienheureux peut-être… Quant à la littérature, ce ne sont pas les sujets qui manquent, et, pour beaucoup, autrement plus sérieux et profonds que ceux que j’aborde actuellement… Ce serait sans doute l’occasion de m’y confronter…

ÉLÉMENTS  : Êtes-vous Gilets jaunes ou talons rouges  ?
XAVIER EMAN. Tous ceux qui contestent l’abject ordre établi – mélange hideux d’arasement culturel et d’injustice socio-économique exponentielle – ont par principe ma sympathie et mon soutien. Je ne crois pas que le « peuple » ait par nature toujours raison (loin s’en faut), mais il me semble que tout, aujourd’hui, vaut mieux que le naufrage libéral-libertaire macroniste. Le mouvement des Gilets jaunes a montré que les Français n’étaient pas encore totalement résignés ni émasculés, ce qui n’est déjà pas si mal. Je parle évidemment de ce mouvement avant qu’il ne soit gangrené et détourné par ces éternels idiots utiles du pouvoir que sont les « antifas ».

ÉLÉMENTS  : Êtes-vous Michel Audiard ou Michel Houellebecq  ? Et pourquoi  ?
XAVIER EMAN. Les deux. Pour moi, ce sont deux facettes du génie français (l’une n’étant pas exclusive de l’autre évidemment…)  : l’humour et la « légèreté » d’un côté, la profondeur et le sens tragique de l’autre.  Trenet et Brel, Feydeau et Racine, Frédéric Dard et Montherlant… Vous ne me forcerez pas à choisir  !

ÉLÉMENTS  : Franchement, si l’extension du domaine de la lutte, c’est la soumission à l’esprit du temps, je préfère, et de très loin, Xavier Eman…
XAVIER EMAN. Pour combattre un système, ou plus humblement pour éviter d’être totalement écrasé, voire digéré, par lui, il faut le connaître au mieux, au plus profond, le disséquer, l’observer dans ce qu’il a de plus crû, de plus laid, sans œillères ni illusions… C’est ce que nous permet de faire l’œuvre de Michel Houellebecq qui est une remarquable autopsie du monde dans lequel nous vivons. Houellebecq ne propose pas d’issue, de solution, il laisse le lecteur se débrouiller avec ses implacables constats. À chacun ensuite, selon son tempérament et ses aspirations, d’essayer de trouver une alternative ou une échappatoire…

ÉLÉMENTS  : Vous reconnaissez-vous dans une œuvre comme celle de Philippe Muray  ?
XAVIER EMAN. Philippe Murray a eu des fulgurances remarquables et un sens de la formule difficilement égalable. Personne n’a su, mieux que lui, retranscrire l’« air du temps » et ses archétypes, dont le fondamental « festivus festivus ». Pour autant, je ne suis pas un très grand lecteur de Muray, que je trouve un peu répétitif et parisiano-centré. Il me fait aussi parfois un peu penser à quelqu’un qui regarderait la télévision pour pouvoir s’énerver contre les programmes de celle-ci, au lieu de simplement l’éteindre ou de la balancer par la fenêtre.

ÉLÉMENTS  : Vos héros sont toujours des anti-héros. La dérision, c’est la solution  ?
XAVIER EMAN. Certainement pas. Je pense même que la dérision systématique est un danger, une tendance néfaste qui mène au relativisme et même au nihilisme, deux tares particulièrement prégnantes de la postmodernité. L’ère du ricanement – l’« esprit Canal » appliqué à toute chose – me soulève le cœur. La dérision doit être un moyen, pas une fin. Si je moque, je suis aussi capable d’admirer  ; si je persifle, je sais aussi louer  ; et si je suis cynique, je veux aussi servir et m’engager… Certes, notre époque, qui se vautre chaque jour dans un nouveau ridicule, est très propice à la dérision, mais il ne faut pas pour autant se laisser étouffer par elle.

ÉLÉMENTS  : Dans ce même volume de chroniques, vous publiez une longue nouvelle, drolatique, mais très sombre, « Rédemption », où vous payez les animateurs du PAF sous les traits d’Adil Avouna. Je trouve qu’elle est caractéristique de votre manière. On trouve sous les sarcasmes une forme d’accablement, de désenchantement.Il n’y a pas d’espoir face à la Bêtise toute-puissante  ?
XAVIER EMAN. Disons que les raisons d’espérer, du moins au plan collectif, sont assez minces et rares… On peut bien sûr répéter sans fin le fameux mantra maurrassien qu’« en politique, le désespoir est une sottise absolue », force est tout de même de constater que, depuis vingt ans, tout, absolument tout, a empiré, s’est dégradé, enlaidi… Quand on se veut militant et acteur de la vie de la « cité », il y a d’évidence dans ce spectacle quelque chose d’assez accablant. Après, il reste toujours le drapeau noir et les copains…

Pour acheter le livre : https://www.revue-elements.com/produit/une-fin-du-monde-sans-importance-vol-2/

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