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Histoire de Paris : la rue de la Cossonnerie

Histoire de Paris : la rue de la Cossonnerie

Paris Vox – Redécouvrez les grands monuments de Paris, ses rues,  ainsi que l’Histoire, petite ou grande, de la capitale.


La truie de la Cossonnerie.

La rue de la Cossonnerie est une artère du 1er arrondissement. A l’angle de cette rue et de la rue Pierre Lescot, se situait, en 1550, en face de l’ancien Marché aux Poirées, une maison portant l’enseigne de « La Truie qui file ». La description mérite d’être intégralement reprise : « On voyait, écrit Charles Fegdal, sculptée en relief, une truie assise et faisant le beau comme un caniche. D’un air grave et important, elle tenait d’une patte la quenouille, et de l’autre patte le fuseau. Ses petits suçaient à qui mieux mieux ses mamelles. Une courroie, serrée autour du ventre replet, retenait deux énormes clefs et une bourse pleine. Les clefs étaient toutes brillantes de dorure, la bourse et la courroie étaient peintes du brun le plus chatoyant ; quenouille et fuseau étaient bleus et rouges, enfin, la truie et ses petits cochons semblaient presque respirer et vivre, tant leurs formes charnues et grasses étaient passées au rose le plus tendre et le plus réellement porcin. » (Guide de Paris mystérieux). En dépit de la prononciation, il faut croire que le nom de la rue n’est nullement le fruit du hasard !

Le rituel charivarique de « La Truie qui file ».

Mais du point de vue du folklore populaire, la référence est bien plus intéressante encore. En effet, à l’époque de la mi-carême, des jeunes gens, dont les farces étaient généralement, en cette période de licence, d’une violence certaine, nos traditions carnavalesques n’en étant plus qu’un très lointain souvenir, se rassemblaient autour de l’enseigne de la « Truie qui file » afin de s’y livrer à un charivari. Les jeunes gens susmentionnés s’emparaient d’un jeune garçon et d’une jeune fille, puis les hissaient sur leurs épaules à hauteur de l’enseigne. Tous deux devaient alors embrasser la truie, puis se cracher au visage afin de montrer que, ce jour-là, seule la truie devait être honorée. Si, par inadvertance, le garçon embrassait la fille ou inversement, les deux enfants étaient vigoureusement déculottés et fouettés devant toute l’assistance. Faut-il reconnaître là la symbolique du rapt de l’enfant doublée de celle de défense de la « loi non-écrite du groupe » dont se réclamaient les charivaristes, tradition qu’analyse Henri Rey-Flaud (qui évoque notamment la quenouille, attribut de la truie qui nous occupe, comme symbole du sexe féminin) dans son très intéressant ouvrage sur le Charivari ? On ne peut en douter comme le démontre un souvenir d’enfance de l’érudit allemand Jean-Jacques Reiske (1716-1774) qui évoque le déferlement dans les rues des « compagnons de saint Nicolas » durant la période des Douze Nuits : « Alors que j’étais tout petit, j’ai été frappé et horrifié par le spectacle de jeunes gens vigoureux, qui s’étaient revêtus de peaux de bêtes, mis des cornes sur le front et noirci le visage avec de la fumée. Ils tenaient entre leurs dents des charbons incandescents qu’ils ravivaient en respirant, si bien qu’à voir les étincelles qui se dispersaient dans toutes les directions, on aurait pu croire qu’ils vomissaient du feu. Et ils couraient à travers les rues, en portant des sacs dans lesquels ils menaçaient d’emporter les petits enfants qu’ils rencontraient. Et en plus, ils portaient des cymbales et faisaient entendre des clameurs folles. » (Le Charivari, p.182).

 

Eric TIMMERMANS.

 

Sources : Guide de Paris mystérieux, Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979 / Le Charivari – Les rituels fondamentaux de la sexualité, Henri Rey-Flaud, Payot, 1985.