Vote des métropoles : l’arrogante fatuité des « citoyens du monde »

Vote des métropoles : l’arrogante fatuité des « citoyens du monde »

Paris Vox (Tribune) – Voilà maintenant 10 jours que sont tombés les résultats du premier tour de ces élections présidentielles tant attendues, permettant ainsi d’analyser à tête reposée les enseignements de ce scrutin. Parmi ceux-là,  les observateurs auront tous noté le fossé grandissant entre les l’électorat des grandes métropoles et celui des zones périphériques.


Effectivement, alors que le score de Marine Le Pen passait de 17,90 % en 2012 à 21,30 % en 2017 à l’échelle nationale, celui-ci refluait à Paris de 6,2 à 4,99 %. Dans les années 1980, Paris faisait même figure de bastion frontiste au vu de ses scores relativement élevés1. Aujourd’hui, ils sont devenus ridiculement faibles.

Ce clivage semble donc s’accentuer d’année en année, validant la thèse du géographe Christophe Guilluy d’un déchirement du pays entre les classes socioprofessionnelles aisées qui se concentrent dans les centres-villes au marché de l’emploi dynamique et aux loyers prohibitifs et des classes populaires, du moins celles composées de français de souche, reléguées aux marges du territoire et dans le marasme des zones périurbaines désertifiées. Les statistiques se sont vues confirmées par les faits la semaine dernière, lorsque l’on a pu mesurer l’écart de popularité entre Mme Le Pen et M. Macron auprès des salariés de l’usine Whirlpool d’Amiens.

Sur les réseaux sociaux, on a vu fleurir les publications se félicitant de l’affaissement du vote Lepéniste dans Paris, affaissement qui accompagne bien sur la gentrification de la capitale. Plutôt que de s’auto-congratuler, ces jeunes urbains si beaux, si intelligents et si diplômés devraient plutôt s’inquiéter de se retrouver autant coupés des réalités du pays. On pourrait s’attendre à un minimum de remise en question de la part de « l’élite » de ce pays, après tout le questionnement n’est-il pas la marque de l’intelligence  ? Mais à de rares exceptions près, celui-ci est plus que laborieux.

Plutôt que de s’auto-congratuler, ces jeunes urbains si beaux, si intelligents et si diplômés devraient plutôt s’inquiéter de se retrouver autant coupés des réalités du pays.

Les couches dirigeantes de la population semblent réellement incapables de la moindre prise de recul tant elles baignent dans l’uniformité intellectuelle. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les résultats des simulations électorales dans les Instituts de Sciences Politiques2, ou encore de lire les rapports de Jury du concours d’accès à l’ENA se désolant du conformisme extrême des candidats3. Plus généralement, les statistiques sur l’origine sociale dans les grandes écoles montrent bien que l’ascenseur social fonctionne toujours aussi mal4.

Tout concourt à laisser penser que le diplôme aujourd’hui n’est plus qu’un symbole, souvent monnayable, incarnant l’endogamie et la reproduction des élites et non plus l’aboutissement d’un parcours méritocratique et/ou le signe d’une intelligence au-dessus de la moyenne. Dès lors, le complexe de supériorité de cette caste qui a la prétention d’être la seule à détenir les clefs pour la compréhension des enjeux de cette élection prête à sourire.

 

L’arrogance de la bourgeoisie des centres-villes a atteint un tel niveau que l’on a pu entendre suite au Brexit des londoniens appeler à faire sécession du reste du pays. La tribune cosignée par Mme hidalgo et M. Kahn et publiée par le Financial Times participe aussi de cette logique condescendante5. Il y a chez les citoyens des villes-monde pour reprendre l’expression d’Anne Hidalgo, cette conviction d’être le phare de la nation, d’être un étalon bridé, condamné à traîner le boulet que constitue la périphérie du pays, et de ne rien lui devoir. Cette croyance illustre à quel point ces gens sont déconnectés et raisonnent selon une logique hors-sol.

Car dans ces métropoles bien organisées et bien approvisionnées, l’opulence matérielle apparaît comme un acquis axiomatique et irrévocable, un peu comme la prise de courant que l’on utilise depuis toujours sans jamais s’être demandé comment l’électricité était produite. C’est oublier un peu vite que ce sont bel et bien les campagnes qui nourrissent les villes et les régions industrielles qui les pourvoient en biens de consommation. Les citoyens du monde – appelons-les ainsi – seraient bien avisés de méditer la théorie de Maslow et sa pyramide des besoins6  : Il leur sera difficile de poursuivre leur idéal d’épanouissement et d’émancipation individuelle, facilité par la vie urbaine et les multiples interactions qu’elle offre, en se coupant du territoire.

Il leur sera difficile de poursuivre leur idéal d’épanouissement et d’émancipation individuelle, facilité par la vie urbaine et les multiples interactions qu’elle offre, en se coupant du territoire.

L’ironie du sort veut donc que les citoyens du monde soient entretenus par des gens qu’ils méprisent. Et qui défendent des valeurs aux antipodes de celles qu’ils véhiculent, à savoir le progressisme.  Les agriculteurs votent très majoritairement à droite et sont des hommes de droite, au sens primitif du terme, de par leur attachement charnel à la terre qu’ils cultivent et leur rapport direct à la nature.  Pour ce qui concerne le besoin de sécurité, la protection des français est assurée par une police qui selon les enquêtes vote largement Front National. Sans doute car celle-ci sait mieux que quiconque la réalité du lien entre l’immigration et le crime et a déjà éprouvé la nécessité de faire preuve de courage physique dans l’exercice de ses fonctions. Mais à bien y réfléchir il ne s’agit pas là d’une simple coïncidence. Ces activités fondamentales, souvent physiques et en prise avec les réalités du terrain apprennent l’humilité et un certain stoïcisme. Elles encouragent à faire preuve de bon sens paysan et de pugnacité, ce qui passe pour du simplisme et un manque de subtilité chez les intellectuels.

A contrario, les nouveaux métiers prisés des classes supérieurs et en vogue dans les grandes métropoles n’impactent que rarement en bien la vie du reste de la population, voire vont même à l’encontre de l’intérêt général (finance, publicité…). Ils permettent de flatter les egos sur la base de supposées qualités abstraites que ne détiendraient pas les « bouseux », telle que la créativité ou la curiosité (mode, design, marketing…). Ils favorisent le culte de l’apparence et l’affichage de la certitude (cabinet de conseil, médias…). Ils s’inscrivent souvent dans des structures qui incitent au calcul mesquin et à l’hypocrisie (grandes entreprises, monde du spectacle et de la mode…). Ce sont là exactement les traits de caractère que l’on retrouve dans les comportements électoraux des citoyens du monde. Ce constat est certes un peu caricatural, à dessein, mais il n’en demeure pas moins vrai sur le fond.

Il ne s’agit pas de valider les théories de Pol-Pot, une grande nation comme la France a besoin d’une élite intellectuelle à même de diriger et d’organiser le pays. Mais celle d’aujourd’hui s’est clairement coupée du pays réel par vanité, s’est enfermée dans sa bulle géographique et dans ses certitudes et ne travaille plus qu’à son propre épanouissement. Il est temps pour eux de descendre de leur piédestal, de gré ou de force, et d’œuvrer en concertation à notre destin commun.  Peut-être est-ce aussi à ceux qui, parmi les gagnants de la mondialisation, ne se reconnaissent pas dans ce schéma de donner de la voix7.

Une des qualités premières attendues chez un leader est l’honnêteté, à commencer par celle avec soi-même. Dès lors, ceux qui se veulent citoyens du monde devraient comprendre qu’aux yeux des étrangers, ils n’en demeurent pas moins des ressortissants français et qu’à ce titre il leur sera toujours plus facile de communier fraternellement avec leurs concitoyens de Château-Thierry, fussent-ils beaufs et alcooliques, qu’avec un paysan afghan ou même un islamiste de Trappes.

 

Louis BREQUIN

 

1 – https://electionsfrance.wordpress.com/2011/12/23/1984-emergence-of-the-f/

2 – https://twitter.com/Ellibec/status/840314193345671172 ou http://www.prechi-precha.fr/resultats-de-simualtion-delections-presidentielles-a-science-po-lille/

3 – http://etudiant.lefigaro.fr/article/les-grosses-lacunes-des-candidats-au-concours-de-l-ena_d3de2366-0a5d-11e7-acbf-8c3ff258e447/

4 – http://www.inegalites.fr/spip.php?article1176

5 – http://www.leparisien.fr/politique/l-appel-commun-des-maires-de-londres-et-de-paris-27-06-2016-5917127.php

6 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

7 – http://www.tribune-pour-la-france.fr/

 

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